22 août 2017

[Msgr Fellay, Tissier de Mallerais, de Galarretta - FSSPX Actualités] Fatima: Acte de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 août 2017

Prononcé par S. Exc. Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, et NN.SS. Bernard Tissier de Mallerais et Alfonso de Galarreta, évêques auxiliaires.

Prosternés au pied de votre trône de grâce, ô Reine du Très Saint Rosaire, nous nous proposons d’accomplir autant qu’il est en nous les demandes que vous avez exprimées en venant, il y a cent ans, nous apparaître sur cette terre.

Les abominables péchés du monde, les persécutions dirigées contre l’Eglise de Jésus-Christ, plus encore l’apostasie des nations et l’abandon des âmes chrétiennes, l’oubli enfin de votre maternité de grâce par le grand nombre, accablent votre Cœur douloureux et Immaculé, si uni dans sa Compassion aux souffrances du Sacré-Cœur de votre divin Fils.

Afin de réparer tant de crimes, vous avez demandé l’établissement de la dévotion réparatrice à votre Cœur Immaculé ; et dans le but d’arrêter les fléaux de Dieu que vous prédisiez, vous vous êtes faite la messagère du Très Haut pour requérir du Vicaire de Jésus-Christ, uni à tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à votre Cœur Immaculé. Hélas, on n’a pas encore tenu compte de votre message.

C’est pourquoi, afin d’anticiper sur l’heureux jour où le Souverain Pontife accèdera enfin aux requêtes de votre divin Fils, sans Nous attribuer une autorité qui ne nous appartient pas, mais par une humble supplication adressée à votre Cœur Immaculé, en Notre titre d’évêque catholique, pénétré de sollicitude pour le sort de l’Eglise universelle et uni à tous les prêtres et croyants fidèles, Nous sommes résolus à répondre pour Notre part aux demandes du Ciel.

Daignez donc, ô Mère de Dieu, agréer en premier lieu l’acte solennel de réparation que Nous présentons à votre Cœur Immaculé pour toutes les offenses dont, avec le Sacré-Cœur de Jésus, il est accablé de la part des pécheurs et des impies.

En second lieu, Nous donnons, livrons et consacrons, autant qu’il est en notre pouvoir, la Russie à votre Cœur Immaculé : Nous vous supplions, dans votre maternelle miséricorde, de prendre cette nation sous votre puissante protection, d’en faire votre domaine où vous régniez en Reine, une terre d’élection et de bénédiction. Nous vous conjurons de vous soumettre si bien cette nation qu’elle devienne un nouveau royaume pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, un nouvel héritage pour son doux sceptre. Que revenue aussi de son ancien schisme, elle retourne à l’unité de l’unique bercail du Pasteur éternel, et que soumise ainsi au Vicaire de votre divin Fils, elle devienne un ardent apôtre du Règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur toutes les nations de la terre.

Nous vous supplions de plus, ô Mère de miséricorde, par ce miracle si éclatant de votre toute puissance suppliante, de manifester au monde la vérité de votre médiation universelle de grâce. Daignez enfin, ô Reine de la paix, apporter au monde la paix que le monde ne peut donner, la paix des armes et la paix des âmes, la paix du Christ dans le Royaume du Christ, et le Royaume du Christ par le règne de votre Cœur Immaculé, ô Marie ! Amen.

21 août 2017

23 février 1994 [Abbé Franz Schmidberger, Supérieur général - FSSPX - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs (n°46)] "Afin de vous donner un aperçu du développement de l’apostolat..."

SOURCE - Abbé Franz Schmidberger, Supérieur général - FSSPX - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs (n°46) - 23 février 1994

Chers amis et bienfaiteurs,

Personne ne sait combien de temps nous pourrons travailler dans les pays de l’Europe de l’Est. D’une part, en effet, les anciens fonctionnaires sont toujours au pouvoir, même si c’est sous un nouveau drapeau ! D’autre part, le communisme célèbre son retour officiel par le moyen d’élections libres comme en Lituanie et en Pologne. Cependant, tant que les portes nous sont ouvertes et que les âmes nous appellent au secours, nous ne pouvons pas fermer notre cœur. La parole du Seigneur : « Je dois accomplir les œuvres de Celui qui m’a envoyé tant qu’il fait jour, parce qu’il y aura la nuit où personne ne peut plus œuvrer » (Jn.9, 4) ne vaut-elle pas justement pour cette situation ? Et c’est ainsi que, fin octobre 1993, nous avons organisé ce grand convoi de secours en faveur des catholiques nécessiteux du nord de l’Albanie qui sera, si Dieu le veut, le premier pas d’un travail apostolique parmi ces hommes trahis de tous côtés.

Afin de vous donner un aperçu du développement de l’apostolat dans les autres pays de la même région, voici quelques témoignages pris sur le vif. Et d’abord un extrait de la lettre d’un de nos Frères qui a accompagné les abbés Mura et Esposito durant les vacances de Noël dans leur voyage en Biélorussie.
6 janvier 1994 
Monsieur le Supérieur général. 
Permettez-moi de vous faire part de quelques pensées et impressions concernant le dernier voyage en Biélorussie. 
Le voyage s’est passé de façon tout à fait normale et il n’y a rien de spécial à mentionner… La providence a fait de telle sorte que les gens nous sont restés fidèles… Les retraitants de Pâques nous ont presque tous rencontrés, et plusieurs pour des entretiens personnels. C’était très important et c’est le signe d’une grande sincérité et fidélité. En outre, le chœur de Mlle T. a chanté pour la première fois une messe en grégorien, « la première messe grégorienne en Biélorussie ». Et il n’est pas exagéré de dire : « mieux qu’au séminaire ! » II faut ajouter que c’est la messe de Pâques que la chorale a commencé à apprendre, mais cela a certainement plu à l’Enfant-Jésus. 
E., l’un des baptisés de Pâques, a fait baptiser ses deux enfants ; sa femme suivra lors du prochain voyage. Professeur de musique, pianiste et maintenant catholique convaincu, il veut se charger de l’organisation des Exercices de Saint-Ignace. Nous n’avons qu’à indiquer le lieu et les dates, il amènera les gens. Un tel zèle et un tel dévouement seraient souhaitables chez nous, à l’Ouest. 
Les gens évidemment ont besoin de pratique, de catéchisme, etc., mais nous sommes là et ils comptent sur nous …. La grâce et la providence de Dieu sont vraiment divines ! … L’abbé Esposito a été très impressionné ; il doit maintenant se mettre à étudier le russe énergiquement, car il est absolument nécessaire de pouvoir s’exprimer de manière concrète et correcte. Les fidèles l’aiment bien… 
Peut-être ai-je été parfois trop catégorique dans mes affirmations mais vous comprenez, Monsieur le Supérieur général, ce que j’ai voulu dire. 
Votre tout dévoué, Frère Y.
Comme deuxième témoignage, la lettre d’un de nos confrères :
Jaidhof (Vienne), le 10 janvier 1994 
Monsieur le Supérieur général, 
Laudetur Jesus Christus ! 
Ces quelques lignes pour vous informer du séjour d’un groupe de fidèles de Z. qui est passé par Jaidhof les 7, 8 et 9 janvier. Le groupe était composé de M. N. qui est le chef du “prieuré de St Josaphat” de Z., d’un professeur d’Histoire de l’Eglise à l’université de Z., d’une étudiante en grec, d’un vice-recteur de collège et de son épouse, musicienne. Ils m’ont bien expliqué la situation religieuse dans leur pays. Elle est vraiment déplorable, non seulement parce qu’il n’y a presque pas de prêtres, mais surtout parce que la formation religieuse des prêtres elle-même est mauvaise et déficiente. Actuellement, leur pays est la proie des protestants et des orthodoxes, et le peu de clergé n’a évidemment pas le niveau pour affronter cette nouvelle vague d’hérésie après le communisme. 
Pour remédier à la crise du clergé, ils voudraient que nous coopérions avec eux dans la formation d’un séminaire pour de jeunes lévites (ils ont déjà près de dix vocations), qui pourrait être placé dans une belle propriété près de N. En fait, ils veulent que nous assurions ou la formation religieuse, ou même l’enseignement théologique ou philosophique de ces jeunes, qui ne trouvent pas de bons professeurs ni de bons séminaires. Ils ont aussi le soutien d’un évêque et de quelques prêtres. Ils n’ont demandé aucune sorte d’aide matérielle, ce qui est remarquable pour des gens de l’Est… 
J’ai invité le professeur d’université à venir nous visiter à Zaitzkofen ou à Ecône, pour lui faire connaître le fonctionnement de nos séminaires. Ils m’ont invité pour les prochains jours à Z. pour parler de la Fraternité aux étudiants et pour prendre plus de contacts.
Et voici un troisième témoignage, une lettre en provenance de l’un des Pays Baltes :
Jeudi, 20 janvier 1994 
Cher Monsieur l’abbé Schmidberger, 
Permettez-moi de me présenter moi-même. Mon nom est (…). J’écris cette lettre au nom d’un petit groupe de jeunes gens âgés pour la plupart entre 21 et 26 ans qui sont intéressés pour préserver la tradition catholique. Nous avons entendu beaucoup parler de vos activités et des activités du glorieux archevêque Marcel Lefebvre. La Fraternité Saint-Pie X accomplit un travail très important et nous aimerions y participer dans l’avenir. Je comprends tout à fait que vous soyez très occupé, M. l’abbé, vous devez l’être. Ici les fruits de Vatican II sont juste en train de devenir évidents : des tables au lieu d’autels, la sainte communion est donnée aux gens debout au lieu de l’être à genoux, etc. En général, les adeptes du modernisme sont moins forts ici qu’à l’Ouest, naturellement. Tout bien considéré, nous pensons qu’il n’est pas trop tôt pour chercher la possibilité d’avoir ici la messe de toujours, au début peut-être une fois par an. D’autre part, je dois admettre que fort peu nombreux sont ceux qui sont intéressés par la tradition pour l’instant (entre dix et quinze personnes), mais “le Christ a commencé avec douze ; aussi n’avons nous pas à avoir honte d’être si peu”, comme disait Mgr Lefebvre. J’espère donc que ce ne sera pas un obstacle. Pouvons-nous donc espérer la visite d’un prêtre de la tradition cette année à X. ? Si oui, que pouvons-nous faire pour rendre cette visite possible ? Je serais très reconnaissant de votre réponse. 
Que Dieu vous bénisse, M. l’abbé, et votre mission. Votre (…). 
Chers amis,

Le Chapitre général qui doit avoir lieu du 11 au 13 juillet à Ecône auprès du tombeau de Mgr Lefebvre, pour l’élection du Supérieur général et de ses deux Assistants, sera de la plus grande importance pour notre Fraternité et même pour toute la famille de la tradition. A la longue, nous devons réussir à remettre en vigueur à Rome et dans les évêchés la saine doctrine, le vrai saint Sacrifice de la messe et la juste attitude catholique envers le monde et ses erreurs. Les funestes congrès religieux qui mènent fatalement le clergé et le peuple fidèle à l’indifférence religieuse doivent trouver une fin. Au lieu de cela, il faut que les adeptes des fausses religions entendent un appel à la conversion et au baptême, que les hérétiques et les schismatiques reçoivent la monition d’avoir à rentrer dans le giron de la sainte Eglise.

La reconstruction commence avec des familles nombreuses, catholiques, saines qui se rassemblent autour des autels, qui vivent de la grâce du saint Sacrifice de la messe, qui transforment leur foyer en un petit sanctuaire où l’on adore Notre-Seigneur et où l’on invoque quotidiennement Sa très sainte Mère par le Rosaire ; d’où est banni tout ce qui est contraire à la vertu chrétienne, particulièrement cette source empoisonnée qu’est la télévision, et où à sa place règnent la charité, la joie, la paix, fruits du Saint-Esprit. C’est dans un tel milieu que croissent les personnalités chrétiennes viriles, que se développent des âmes ardentes et apostoliques ; plus d’affection maternelle à l’intérieur, plus de virilité masculine à l’extérieur : voilà ce dont on a besoin ! Il nous faut des pères et des mères catholiques, des hommes et des femmes catholiques.

Que ces pères de famille cherchent ensuite à remplir des fonctions dans la politique de la cité afin d’obtenir de Notre-Seigneur son retour sur son trône royal dans la vie publique après qu’il y sera revenu dans la famille.

Joignez-vous donc à notre neuvaine de prières du 2 au 10 juillet. Nous invitons aussi les fidèles de nos prieurés et chapelles à une journée de jeûne et d’abstinence dans la même intention le 9 juillet ; et que les malades offrent leurs souffrances et leurs douleurs, les mourants leur vie en union avec la Victime eucharistique pour la sauvegarde et la propagation de la foi, pour la fin de la destruction du lieu saint, pour la sanctification des prêtres qui, dans ce monde sans Dieu, plein d’immoralité et d’infidélité, sont exposés quotidiennement à mille dangers et aux pires tentations. « Nul n’a un amour plus grand que celui qui donne sa vie pour ses amis » dit le divin Maître (Jn 15, 13).

De notre côté, nous n’avons qu’un seul désir : que ce Chapitre général soit, dans sa préparation, dans son déroulement, dans ses décisions et leur application, un acte de la profonde adoration de Dieu Trinité, une glorification de Jésus-Christ, Souverain prêtre et Victime, Roi d’amour sur toute la société humaine ; qu’il soit à l’honneur de la très sainte Mère de Dieu, médiatrice de toutes les grâces, à la gloire de la sainte Eglise catholique et romaine une grande bénédiction pour les âmes.

Menzingen, le 23 février 1994, mercredi des Quatre-Temps de Carême.

Abbé Franz Schmidberger

Supérieur général

11 octobre 1995 [Mgr Bernard Fellay, Supérieur général - FSSPX - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs (n°49)] "vingt-cinq ans d'existence de la Fraternité"

SOURCE - Mgr Bernard Fellay, Supérieur général - FSSPX - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs (n°49) - 11 octobre 1995

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Comment ne pas rappeler, à la veille de l'anniversaire des vingt-cinq ans d'existence de la Fraternité, ce jour de grâce où Monseigneur Lefebvre revenait de l'évêché de Fribourg ayant en ses mains le document de l'érection de notre Fraternité Saint Pie X !

Depuis plusieurs années déjà, Monseigneur Lefebvre avait eu, avec une finesse de perception extraordinaire, la compréhension de ce qui était en train d'arriver à l'Église : une crise qui, sous Pie XII, couvait, grondait, allait éclater au grand jour, ce qui arriva avec le concile Vatican II. Dans cette crise, ce qui frappait Monseigneur, était surtout la décadence de l'esprit sacerdotal et en même temps la compréhension que notre Mère, la sainte Église, ne se relèverait de cette épreuve que par et dans la sanctification du Sacerdoce : « Comment réaliser ce qui m'apparaissait alors comme la seule solution de renouveau de l'Église et de la chrétienté ? C'était encore un rêve, mais dans lequel m'apparaissait déjà la nécessité non seulement de transmettre le sacerdoce authentique, non seulement la sana doctrina approuvée par l'Église, mais l'esprit profond et immuable du Sacerdoce catholique et de l'esprit chrétien lié essentiellement à la grande prière de Notre Seigneur qu'exprime éternellement son sacrifice de la Croix » (Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel, préface).

Monseigneur avait saisi clairement – dans ce bouleversement qui ébranlait la maison de Dieu de la cave au grenier et qui, ouvrant tout grand les fenêtres, avait fait rentrer en tempête l'esprit du monde, l'esprit de nouveauté, l'esprit libéral, l'esprit de compromis – que la seule défense de la foi, de la morale, même et peut-être surtout d'une saine philosophie ne suffirait pas. Un raz de marée était en train de tout emporter, du principe de non-contradiction jusqu'à la foi au mystère de la Très Sainte Trinité : vent de folie, vent blasphémateur, vent de rebelles qui éclate aujourd'hui au grand jour dans des entreprises chimériques comme ce mirage de l'an 2000 ou dans ses actions anarchiques des "églises de base" en Autriche, en Allemagne.

Le seul moyen de relever l'Église, c'est le sacerdoce, le moyen de relever le sacerdoce, c'est la sainte Messe, le Sacrifice. Ainsi, à la petite congrégation qu'il fonde, Monseigneur assignera comme but «le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte, et rien que ce qui les concerne, c'est-à-dire tel que Notre Seigneur Jésus-Christ l'a voulu lorsqu'il a dit : « Faites ceci en mémoire de moi ». Orienter et réaliser la vie du prêtre vers ce qui est essentiellement sa raison d'être, le saint Sacrifice de la Messe, avec tout ce qu'il signifie, tout ce qui en découle, tout ce qui en est le complément (Statuts de la Fraternité, chap. III). Dieu vient au secours de son Église dans les temps difficiles, dans la tourmente, en suscitant la sainteté. Tous les siècles ont vu leurs héros qui ont communiqué à l'Église un nouvel élan de sainteté, de générosité, d'esprit missionnaire pour sauver les âmes, pour réformer les mœurs.

Or, toute la sainteté de l'Église découle, de par la volonté du divin Époux, de la sainte Messe : « Une connaissance théologique profonde du sacrifice de la Messe les convaincra toujours plus qu'en cette réalité sublime se réalise toute la révélation, le mystère de la foi, l'achèvement des mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, toute l'efficacité de l'apostolat » (cf. Mt. 1, 11), découlent toutes les grâces de salut, de rédemption, toute la gloire des Saints du ciel, toute la louange que l'Église élève vers la Très Sainte Trinité, toute la vie chrétienne de vertus, de patience dans les peines, de charité. De l'autel coule encore bien plus abondamment que du rocher de Moïse ce flot de victoire contre le démon et ses suppôts, ce flot de lumière pour les intelligences qui les conduit jusqu'à la soumission de la foi, ce flot d'amour divin désireux d'enflammer toutes les bonnes volontés. De la mort de Notre Seigneur renouvelée, représentée sacramentellement sur l'autel jaillit jusque dans l'éternité la vie pour toute l'Église, et même pour la société.

"Regnavit a ligno Deus" : Dieu a régné par la Croix. Ah, si les hommes savaient – embourbés dans les marasmes qu'ils se sont eux-mêmes fabriqués, prétendant établir un monde sans Dieu – s'ils comprenaient enfin que tant la prospérité des nations que la paix du monde ne vient que de ce Sacrifice terrible du Fils de Dieu fait homme, donné au monde, crucifié, mort, enseveli, pour nous et notre salut !

Il valait bien la peine de se battre pour défendre l'Arche de la Nouvelle Alliance, la sainte Messe; c'est d'elle, vraiment, que tout prêtre, toute l'Église doit attendre toute l'efficacité de l'apostolat, tout le bonheur du ciel, tous les biens temporels, pour autant qu'ils soient nécessaires ou utiles au salut.

Jamais nous ne pourrons suffisamment rendre grâce à Dieu de nous avoir fait vivre à cette époque, d'avoir été les témoins de deux évêques qui ont eu le courage de défendre à tout prix la raison d'être de leur sacerdoce plénier. Que ce qui se passe à l'autel se renouvelle aussi dans nos cœurs, accompagnant le Roi des rois dans sa mystérieuse conquête des âmes et des sociétés. Redoublons de prières et de sacrifices, unis à notre chef glorieux Notre Seigneur Jésus-Christ.

Chers fidèles, merci à vous qui avez rendu possible par votre générosité, le développement admirable de l'œuvre de la Fraternité.

Daigne Notre-Dame, à l'occasion de cet anniversaire, nous obtenir la grâce d'une fidélité sans faille à la foi de toujours, un amour indéfectible envers Dieu. Daigne Notre-Dame nous bénir de sa maternelle protection et faire croître cette œuvre totalement vouée au service de l'Église, jusqu'à ce qu'enfin soit réalisé pleinement le vœu ardent de David : « Levez-Vous, Seigneur, pour entrer dans votre repos, Vous et l'arche de votre sainteté; que vos prêtres soient revêtus de justice et que vos Saints tressaillent de joie » (Ps. 131, 8-9).

Le 11 octobre 1995
  
en la fête de la Maternité de la très sainte Vierge Marie
  
+ Bernard Fellay
  
Supérieur général

19 août 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Pourquoi la Tradition ?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 19 août 2017

Pouvez-vous, s’il vous plaît, résumer le Concile ?
– L’homme remplace Dieu. Et voilà, c’est facile !
Une des vraies raisons pour laquelle la Fraternité Saint Pie X est en train de « perdre sa saveur » (cf. Mt. V, 13) vient de ce que toute une génération de catholiques Traditionnalistes grandissent sans savoir pourquoi ils sont Traditionnalistes. Or, un catholique voulant garder la foi, ne doit-il pas savoir pourquoi il doit suivre la Tradition ? Dans toute l’histoire de l’Église catholique, le Concile Vatican II a sans doute été le théâtre de la plus violente agression contre la Tradition. Il est donc fort utile d’examiner le résumé en dix points du nouvel enseignement de Vatican II que l’on trouve dans une encyclopédie moderniste (Harper Collins, 1995). Nous avons là, pour chaque point, un bon condensé des erreurs de Vativan II. Ci-après, voici en italique, les dix points modernistes, suivis de la trame succincte de leur réfutation.

1 En premier lieu, l’Église est un mystère ou un sacrement ; elle n’est pas, avant tout, une organisation ou une institution. « Mystère » et « sacrement » sont ici des termes délibérément vagues pour permettre de diluer la notion de structure de l’Église. Pourtant, Notre Seigneur n’a-t-il pas clairement institué Pierre afin qu’il dirige ses apôtres et ses disciples pour le salut des âmes ? Pierre est pape ; les épîtres de saint Paul indiquent bien que les apôtres deviennent évêques et que les disciples accèdent à la prêtrise.

2 L’Église est constituée de tout le peuple de Dieu, et pas seulement de sa hiérarchie, clergé et religieux. Bien sûr, l’Église catholique comprend tous les catholiques, laïcs comme prêtres, mais les prêtres en sont la colonne vertébrale, ou la structure.

3 La justice et la paix font partie intégrante de la mission de l’Église, qui ne saurait se limiter à la prédication de la Parole et à la célébration des sacrements. La doctrine et les sacrements sont les moyens fondamentaux par lesquels l’Église catholique a contribué, plus que n’importe quoi ou n’importe qui d’autre, à la justice et à la paix dans le monde.

4 L’Église englobe tous les chrétiens et ne se borne pas à la seule Église catholique. Les « chrétiens » non catholiques ne peuvent jamais être d’authentiques chrétiens, dans la mesure où, pour ne pas être catholiques, ils doivent rejeter une partie plus ou moins grande de ce que Notre-Seigneur a institué.

5 L’Église est une communion, ou un collège, d’églises locales, lesquelles ne sont pas simplement des divisions administratives de l’Église universelle. Le chaos régnant aujourd’hui dans les « églises locales » du monde entier, prouve éloquemment qu’elles doivent être universellement unies et administrées sous le gouvernement – sage – d’un Pape à Rome.

6 L’Église est une communauté eschatologique ; Elle n’est pas encore complètement le Royaume de Dieu. Partout où les âmes sont en état de grâce, Dieu est roi, non seulement dans le ciel, mais déjà ici-bas sur la terre.

7 L’apostolat des laïcs est une participation directe à l’apostolat de l’Église, et pas seulement une mission que la hiérarchie se chargerait de partager avec eux. De même que le corps humain a besoin à la fois du squelette et de la chair, de même le corps mystique de l’Église a besoin à la fois du clergé et des laïcs (cf. I Cor. XII). Les erreurs opposées (cléricalisme et laïcisme) proviennent de ce qu’on exagère le rôle de l’un ou de l’autre. L’Église a besoin des deux.

8 Il existe une hiérarchie des vérités ; tous les enseignements de l’Église ne sont pas équivalemment contraignants ou essentiels à l’intégrité de la foi catholique. Seules les vérités non dogmatiques peuvent être classées par ordre d’importance. En revanche, les dogmes catholiques sont tous au même rang absolu, parce que nier un seul d’entre eux revient à nier l’autorité de Dieu, soutien essentiel à tous les dogmes.

9 Dieu utilise d’autres églises chrétiennes, voire des religions non chrétiennes pour le salut de toute l’humanité ; l’Église catholique n’est pas le seul moyen de salut. À chaque homme vivant, Dieu offre des grâces suffisantes à son salut. Celles-ci peuvent bien venir à des hommes se trouvant dans des religions non chrétiennes ou dans des « églises » non catholiques, mais elles ne peuvent jamais venir autrement que par Jésus-Christ et par son unique Église catholique.

10 La dignité de la personne humaine et la liberté de l’acte de foi sont le fondement de la liberté religieuse pour tous. Cela réfute le principe que « l’erreur n’a pas de droits ». Le catholicisme étant la seule religion véritable, la seule vraie liberté religieuse est la liberté d’être catholique. L’erreur, en effet, n’a aucun droit.

Kyrie eleison. 

18 août 2017

[Riposte Catholique] Ordination pour la Fraternité Saint-Pierre au Nigéria

SOURCE - Riposte Catholique - 18 aout 2017

Le 15 août en la fête de l’Assomption, Mgr Gregory Ochiaga, évêque émérite d’Orlu (Nigéria), a ordonné prêtre l’abbé Charles Ike, FSSP au Sanctuaire de Nne Enyemaka de Umuaka. Il s’agit de la première ordination dans la forme extraordinaire depuis 50 ans au Nigéria.

17 août 2017

[FSSPX Actualités] Au cœur des Etats-Unis : un rameau franciscain plein de vie

SOURCE - FSSPX Actualités - 17 aout 2017

Jour de joie à Kansas City : plusieurs religieuses ont renouvelé leurs voeux ou sont entrées au noviciat des Soeurs Franciscaines du Christ-Roi, une communauté fidèle à la Règle de saint François et amie de la Fraternité Saint-Pie X, dont la mission est centrée sur l’enseignement.

Le 2 août est apprécié des fidèles depuis que saint François d’Assise - sur l’ordre du Christ - est allé convaincre le Successeur de Pierre de concéder à cette date et à tous les fidèles une indulgence plénière pour la rémission de la peine due à leurs péchés.

Ce jour de grâces et de miséricorde fut aussi l’occasion d’un événement important au sein de la congrégation des Soeurs Franciscaines du Christ-Roi de Kansas City : une religieuse, soeur Marie-Louise de la Visitation, a en effet prononcé ses voeux définitifs, tandis que quatre autres ont renouvelé leurs voeux temporaires et que trois postulantes ont pris l’habit et commencé leur noviciat. Signe du caractère sacré et joyeux de cette journée : une douzaine de prêtres et plus de deux cents fidèles ont assisté à la cérémonie.

C’est le Père Trevor Burfitt, ami de longue date du fondateur du monastère - le Père Eugène Heidt - qui a reçu au nom de l’Eglise les voeux des religieuses, et qui a célébré la messe en l’honneur de sainte Marie des Anges : rien n’est au hasard car c’est dans l’église d’Assise qui porte ce nom que le Poverello avait eu la vision de l’indulgence de la Portioncule.

Les Soeurs Franciscaines du Christ-Roi ont une vocation missionnaire tout particulièrement dirigée vers l’enseignement. Elles obéissent à la Règle du Tiers-Ordre Régulier de saint François telle qu’elle a été révisée et approuvée par le pape Pie XI en 1927.

Leur fondation remonte à l’an 2000, lorsque Soeur Herlinda McCarty et le Père Heidt - tous deux rappelés à Dieu depuis - ont conjugué leurs efforts afin de donner à l’Eglise un rameau fidèle à la règle de saint François, et qui oeuvre pour enseigner aux enfants le vrai, le beau et le bien.

Désormais basées dans l’état du Missouri, les religieuses font chaque jour la route pour donner des cours à la toute proche Académie Saint-Vincent-de-Paul. N’allez pas croire que l’été soit un mois de vacances pour ces franciscaines : sans relâche, elles font le tour des chapelles du pays afin d’encadrer des camps missionnaires destinés à des jeunes filles qui pour la plupart n’ont jamais rencontré de religieuses.

Pour contacter les soeurs :
Couvent du Christ-Roi
1409 E. Meyer Boulevard
Kansas City, MO 64131
United States of America

14 août 2017

[Paix Liturgique] Mgr Rifan: la forme extraordinaire permet une claire profession de foi des dogmes eucharistiques

L'Assomption, Fra Angelico
SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°606 - 14 août 2017

Desservie par les pères dominicains, la basilique de Sainte-Marie-sur-la-Minerve, à deux pas du Panthéon, renferme en son autel majeur la châsse de sainte Catherine de Sienne, co-patronne de l'Italie. On y trouve aussi les tombes des cousins Médicis, les papes Léon X et Clément VII, et celle du Bienheureux Fra Angelico, patron des artistes. Le 27 octobre 2013, Mgr Rifan, Ordinaire de l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney, y célébrait la fête du Christ-Roi, en clôture du pèlerinage du peuple Summorum Pontificum à Rome. 

Le prélat brésilien y donna un sermon vigoureux, illustrant tout à la fois quelques-unes des raisons de notre attachement à la forme extraordinaire du rite romain et l'impératif de lutter contre le laïcisme, sûrs de notre victoire en Christ. C'est ce texte que nous vous proposons cette semaine, en vous souhaitant une bonne fête de l'Assomption.

NB : Vendredi 15 septembre 2017, Monseigneur Gilles Wach, prieur général de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, entouré des séminaristes de l'institut, célébrera une messe d'action de grâces à la Minerve, à l'occasion du dixième anniversaire de l'entrée en vigueur du motu proprio de Benoît XVI. Cette messe s'inscrit dans le cadre des célébrations romaines organisées par le Coetus Internationalis Summorum Pontificum et les associations Giovani e Tradizione et Amicizia Sacerdotale Summorum Pontificum, dont vous pouvez consulter ici le programme détaillé.
Très chers prêtres, séminaristes, religieux, religieuses, frères et sœurs en Notre Seigneur Jésus-Christ, 
Permettez-moi tout d’abord de saluer et de remercier les Pères dominicains, qui ont la charge de cette Basilique, pour leur accueil. 
Cette Sainte Messe pontificale solennelle célèbre la fin du pèlerinage “Summorum Pontificum” des catholiques liés à la forme traditionnelle du rite romain, universellement permise par le Saint-Père Benoît XVI dans son Motu Proprio Summorum Pontificum. 
Nous sommes dans l’Année de la Foi, proclamée par Benoît XVI et continuée par le pape François. Notre foi, comme l’exprime bien la lettre apostolique Porta Fidei, doit être professée, vécue, célébrée et priée. 
La Sainte Messe, la célébration du sacrifice eucharistique, est une des plus importantes professions de foi.Et si nous aimons, si nous préférons, si nous conservons la Sainte Messe dans la forme traditionnelle du rite romain, c’est parce qu’elle est précisément une claire profession de foi des dogmes eucharistiques : le dogme de la Messe comme sacrifice, renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix ; le dogme de la Présence réelle ; celui de la transsubstantiation opérée par les paroles du prêtre qui agit in persona Christi capitis et non par la foi du peuple ; le dogme enfin du ministère sacerdotal, distinct du ministère commun des fidèles. Notre fidélité à la Sainte Messe dans la forme traditionnelle du rite romain est dictée par notre foi. C’est cette profession de foi, professée et célébrée à travers la Messe traditionnelle, que nous offrons au Saint-Père comme preuve de notre fidélité à la Sainte Église. 
En outre, la Sainte Messe traditionnelle est une très importante contribution pour la Nouvelle évangélisation : parce qu’elle est une claire expression liturgique des dogmes eucharistiques ; parce qu’elle manifeste parfaitement la dignité du sacré par la richesse, la beauté, la noblesse et la solennité de ses cérémonies ; parce qu’elle communique le sens du mystère ; parce qu’elle est enfin un des trésors liturgiques catholiques, par lequel nous affirmons notre amour pour la Sainte Église et notre communion avec elle. 
Que le Saint-Père voit donc, dans notre forme liturgique, l’expression de notre pleine communion avec lui et avec l’Église. 
Nous célébrons la très belle fête du Christ-Roi. Cette fête fut instituée par le pape Pie IX en réponse au laïcisme qui régnait à l’époque et qui nous fait tant de tort aujourd’hui. « Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain. […] Nous proclamions ouvertement deux choses : l’une, que ce débordement de maux sur l’univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique ; l’autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur » (Encyclique Quas Primas, 1). 
C’est pour combattre ces maux que le Pape institua une fête propre spécialement en l’honneur du Christ-Roi : « C’est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d’apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l’univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles. Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n’est pas apparu brusquement ; depuis longtemps, il couvait au sein des États. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations ; on refusa à l’Église le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des États qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l’irréligion et l’oubli conscient et volontaire de Dieu » (Quas primas, 18). 
Pour bien comprendre en quoi consiste l’ennemi actuel de la civilisation chrétienne, nous avons ces mots de Pie XII : « Oh ! ne Nous demandez pas qui est “l’ennemi” ni sous quel aspect il se présente. Il se trouve partout et au milieu de tous : il sait être violent et rusé. Ces derniers siècles, il a tenté de réaliser la désagrégation intellectuelle, morale, sociale de l’unité dans l’organisme mystérieux du Christ. Il a voulu la nature sans la grâce ; la raison sans la foi ; la liberté sans l’autorité ; parfois l’autorité sans la liberté. C’est un “ennemi” devenu de plus en plus concret, avec une absence de scrupules qui surprend encore : le Christ oui, l’Église non ! Puis : Dieu oui, le Christ non ! Finalement le cri impie : Dieu est mort ; et même : Dieu n’a jamais existé. Et voici, maintenant, la tentative d’édifier la structure du monde sur des bases que Nous n’hésitons pas à indiquer comme principales responsables de la menace qui pèse sur l’humanité : une économie sans Dieu, un droit sans Dieu, une politique sans Dieu. L’“ennemi” s’est employé et s’emploie à ce que le Christ soit un étranger dans les universités, dans l’école, dans la famille, dans l’administration de la justice, dans l’activité législative, dans les assises des nations, là où se décide la paix ou la guerre » (Discours aux hommes de l’Action catholique, 12 octobre 1952). 
Mais ne perdons pas courage ! La victoire du Bien est certaine. La victoire du Christ et de l’Église. 
Place Saint-Pierre se trouve un obélisque égyptien qui se dressait jadis au centre du cirque de Néron et qui fut le symbole de la victoire sur les chrétiens, persécutés et morts en ce lieu, à commencer par saint Pierre. Aujourd’hui, le cirque de Néron n’existe plus. À sa place s’élève la magnifique Basilique Saint-Pierre et, si l’obélisque est toujours là, il porte désormais l’inscription : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ! Le Christ vainqueur, le Christ roi, le Christ souverain. À lui, la victoire finale ! 
Il en va ainsi de l’Église. Nous célébrons cette Sainte Messe en cette très belle Basilique de Sainte-Marie-sur-la-Minerve – ce qui veut dire qu’ici, en dessous de nous, se trouvait le temple de la déesse Minerve. Aujourd’hui, cette basilique est dédiée à Notre-Dame. C’est la victoire de la Très Sainte Vierge Marie sur Minerve, du Christ et de l’Église sur le paganisme. 
Confiants dans la protection de Notre Très Sainte Mère, nous continuons à combattre. La victoire est certaine : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ! Ainsi soit-il.

13 août 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Révolution française et traditionalisme (XI): Le désordre inséparable des grands bouleversements"

SOURCE - Le Forum Catholique - 13 août 2017

Confronté, à la veille du Concordat, à de profondes divisions au sein du clergé réfractaire, le chapitre métropolitain de Rouen, chargé de gouverner le diocèse pendant la vacance du siège, publie un mandement dont il convient certainement de reproduire un long extrait :
Il n’est malheureusement que trop vrai que le zèle a ses écarts et la piété ses excès… Ne nous en prenons point cependant à la piété elle-même. Accusons-en la fragilité humaine : accusons-en surtout l’empire des circonstances, le désordre inséparable des grands bouleversemens ; quand tous les élémens semblent confondus, la sagesse ne tient plus de route certaine ; dans un danger commun, tout le monde s’arme et marche en tumulte, obéit et commande à la fois. Alors on ne consulte que son ardeur, on ne reçoit sa mission que de soi-même. Peut-on voir l’arche sainte se pencher, et ne pas y porter la main ? Le zèle alors supplée à tout, autorise tout, permet tout, excuse tout. De là nous sont venus tant de secours précieux ; de là tant de collaborateurs zélés ; mais de là aussi tant de zélateurs incommodes ; de là enfin, tant de vertus sublimes ; mais de là aussi tant de funestes abus.
Les uns, s’autorisant de la confiance illimitée de l’église et se prévalant d’un ministère sans bornes, se constituent dans une véritable indépendance, se concentrent et s’isolent au sein de leur troupeau ; et là, certains de n’être censurés ni repris, ils se croient libres de tout penser et permis de tout dire. D’autres, profitant de l’espèce de clandestinité que le malheur des temps a rendue nécessaire, s’érigent en juges suprêmes de la foi, accusent impunément leurs frères, et calomnient souvent l’autorité même (1).
Un tel texte permet de mieux comprendre en quoi l’expérience du clergé réfractaire de la décennie révolutionnaire peut être comparée à celle des prêtres et des fidèles traditionalistes d’après Vatican II. Comme on l’a vu, si on la place sur le terrain des doctrines ecclésiologiques et des attitudes pratiques qui y sont afférentes, cette comparaison est profondément insatisfaisante, ce qui résulte avant tout du profond changement des circonstances : pendant la Révolution française, les réformes sont imposées par l’autorité séculière, tandis qu’elles le sont, après le dernier Concile, par les autorités de l’Eglise elles-mêmes. Il n’en reste pas moins que la partie du milieu traditionaliste d’aujourd’hui qui se croit la plus vigoureusement contre-révolutionnaire a en réalité adopté sur l’Eglise, la juridiction, le schisme ou l’épiscopat des positions étrangement proches de celles du clergé constitutionnel, et qui ont précisément valu à ce dernier d’être avec raison condamné par l’Eglise. 

Si la comparaison entre les deux périodes a quelque pertinence, c’est donc non sur le plan des doctrines, mais plutôt sur le plan psychologique en raison de l’effet produit sur les mentalités par le « désordre inséparable des grands bouleversemens », pour reprendre les termes des chanoines de Rouen, qui décrivent de manière saisissante la réaction du clergé fidèle lorsqu’il voit l’ « arche sainte se pencher ». 

« Le zèle alors supplée à tout, autorise tout. » Les prêtres réfractaires, comme sans doute les prêtres et laïcs traditionalistes de notre époque, ont dû recourir, pour le bien de la religion, à des moyens extraordinaires qui avec le temps les placent cependant dans une situation de plus en plus délicate, liée dans les deux cas à l’éloignement de l’autorité, exil des évêques légitimes sous la Révolution, dissidence forcée vis-à-vis du pape et des évêques aujourd’hui. Dans l’un et l’autre cas, on assiste à un éclatement du front du refus initial et au durcissement, voire à l’enfermement psychologique de plus en plus prononcé de la frange la plus intransigeante. 

Pendant la Révolution, ces divisions intestines sont aggravées d’une part par la séparation physique entre prêtres émigrés (2) et prêtres demeurés sur le terrain des diocèses, les premiers accusant souvent les seconds de se montrer conciliants à l’excès, en des termes qui pourraient à bien des égards rappeler ceux d’aujourd’hui. « La prison et la détresse font envisager les choses d’une manière opposée aux principes » au chef du clergé réfractaire du diocèse de Clermont, peut ainsi écrire un vicaire général émigré à Fribourg (3). Les divisions sont exacerbées d’autre part par l’extraordinaire mobilité des ecclésiastiques sur le territoire français (4), qui désorganise les anciennes structures cléricales et favorise le passage d’un diocèse à l’autre de prêtres parfois peu dociles à l’autorité des grands vicaires placés à la tête du clergé insermenté. Là encore, il serait aisé d’esquisser des comparaisons qui ne seraient pas entièrement vides de sens.

Il faut noter cependant qu’hier comme aujourd’hui, les déclarations de nullam partem sont essentiellement le fait d’un seul camp. Ainsi l’abbé Vigneron, principal représentant dans le diocèse d’Angoulême de la tendance que l’on pourrait qualifiée de modérée, après avoir dénoncé avec vigueur les doctrines et les procédés schismatiques des prêtres « rigoristes » qui interdisent à leurs fidèles de communiquer avec lui, se garde-t-il pourtant de condamner absolument leur ministère. 
Les rigoristes diront-ils qu’ils n’ont point vu faire de miracles aux ecclésiastiques qui ont souscrit ces actes [les formules post-thermidoriennes] ? Ils répliqueraient qu’on ne leur en a pas vu faire non plus. Ils seraient les uns et les autres dans l’erreur. Combien en effet par le moyen des sacrements n’ont-ils pas ressuscité à la vie de la grâce d’âmes mortes par le péché, de toutes les morts la plus funeste ; est-il aux yeux de la foi de miracle plus grand (5) ?
Il convient cependant d’ajouter qu’alors les « rigoristes », malgré leurs excès et la fragilité de certaines de leurs raisons, ne professaient aucune des opinions hasardeuses, voire fantaisistes, dont certains traditionalistes tant clercs que laïcs ont fait leur principal fonds de commerce.

(A suivre)

Peregrinus
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(1) Cité dans Annales philosophiques, morales et littéraires, ou suite des Annales catholiques, t. III, Le Clère, Paris, 1801, p. 86-87.
(2) Il faudrait plutôt, pour être exact, parler dans la plupart des cas de prêtres déportés, sortis de France en exécution de la loi d’août 1792 ; cependant, en raison des équivoques qui résulteraient de la connotation du mot « déporté », on parlera ici d’émigrés.
(3) Cité par l’abbé Régis Crégut, Le diocèse de Clermont pendant la Révolution, Louis Bellet Imprimeur, Clermont-Ferrand, 1914, p. 184.
(4) Bernard Plongeron, Conscience religieuse en Révolution. Regards sur l’historiographie religieuse de la Révolution française, Picard, Paris, 1969, p. 26.
(5) Cité par Jean-Pierre Blanchet, Le clergé charentais pendant la Révolution, Despujols, Angoulême, 1898, p. 579.

12 août 2017

[FSSPX Actualités] Contraception: vers un "assouplissement" du Magistère?

Mgr Gilfredo Marengo
SOURCE - FSSPX Actualités - 12 aout 2017

L’Eglise catholique s’est toujours prononcée contre la contraception. A l’époque contemporaine, c’est dans l’encyclique Humanae vitae, en 1968, que le magistère a réaffirmé de façon solennelle et définitive cette condamnation. Cinquante ans après, il semble que cet enseignement puisse être remis en cause.

Le 25 juillet 1968, le pape Paul VI publiait l’encyclique Humanae vitae, dans laquelle il réaffirmait clairement la condamnation des méthodes artificielles anticonceptionnelles – entendez la contraception. Ce document magistériel, rédigé « en vertu du mandat que le Christ Nous a confié », fit sensation. La doctrine qu'elle contient, écho fidèle du magistère de ses prédécesseurs et du magistère ordinaire des évêques répandus dans tout l'univers, paraît infaillible et doit être tenue comme irréformable.

Lorsque parut l'encyclique, la presse mondiale se récria. Elle titra en Une : « le pape est contre la pilule ». Mal reçue, Humanae vitae devint rapidement l'une des encycliques les plus controversées de l’histoire, objet de polémiques dans les médias et d'atténuement de la part de plusieurs théologiens et conseils épiscopaux. Selon la sociologue Danièle Hervieu-Léger, c’est avec ce document que nombre de catholiques se sont écartés de l’enseignement de l’Eglise en matière de morale conjugale, frappé d’« une lente disqualification » (sic).

En vue de marquer le cinquantième anniversaire de la publication de l’encyclique l'année prochaine, un groupe de réflexion a été mis sur pied afin d'effectuer des recherches sur la genèse du document. Son existence a été révélée par le vaticaniste Marco Tosatti, et le professeur Roberto de Mattei en a donné un large écho dans sa Correspondance romaine, le 14 juin dernier.

À la tête de ce groupe figure Mgr Gilfredo Marengo, professeur d’anthropologie théologique à l’Institut pontifical Jean-Paul II. Il est entouré de Mgr Pierangelo Sequeri, président de l’Institut pontifical Jean-Paul II, du professeur Philippe Chenaux, enseignant d’Histoire de l’Eglise à l’Université pontificale du Latran, et de Mgr Angelo Maffeis, président de l’Institut Paul VI de Brescia.

Don Marengo est revenu, dans un entretien à Radio Vatican publié le 26 juillet 2017, sur la mission qui lui a été confiée : « il est nécessaire de situer Humanae vitae dans le contexte de toutes les choses très importantes et fécondes que l’Eglise a dites, pendant ces 50 ans, sur le mariage et la famille », a-t-il affirmé avant d’ajouter : « ensuite, du point de vue de la recherche historico-théologique, il sera très utile de pouvoir reconstruire (…) le parcours de la composition de l’encyclique, qui s’est développé avec des phases distinctes de juin 1966 à sa publication, le 25 juillet 1968 ».

En particulier, ce parcours abordera « l’affaire compliquée de la Commission pontificale, qui avait travaillé de 1963 à 1966, et qui à la fin n’avait pas réussi à lui [Paul VI] donner ce qui lui était utile pour pouvoir élaborer l’encyclique ». En effet, suggérant d'ouvrir les portes à la contraception artificielle, les conclusions de cette Commission furent publiées en avril 1967 et provoquèrent une grave crise d'autorité dans l'Eglise. L'année suivante, le pape Paul VI tranchait la question controversée, mais le mal était fait.

La préparation du cinquantième anniversaire de Humanae vitae et le fait que ce soit à Mgr Marengo que le travail de recherche et de réflexion ait été confié ne manquent pas de soulever des inquiétudes.

Lors des travaux du Synode sur la famille, rappelle Roberto de Mattei, Mgr Marengo invitait déjà à « abandonner une conception du patrimoine doctrinal de l'Eglise conçu comme un système fermé, imperméable aux questions et aux provocations de l'“ici et maintenant”, dans lesquelles la communauté chrétienne est appelée à donner raison de sa foi, comme annonce et témoignage ».

Plus récemment, le 23 mars 2017, le même professeur publiait un article sur Vatican Insider au titre suggestif : « Humanæ vitæ et Amoris lætitia : des histoires parallèles ». L’universitaire, qui se montre critique vis-à-vis des Dubia des quatre cardinaux au sujet de l'Exhortation Amoris laetitia, se demande si « le jeu polémique “pilule oui – pilule non”, tout comme l’actuelle “communion aux divorcés oui – communion aux divorcés non”, ne serait pas l’apparence d’un malaise et d’une fatigue, bien plus cruciaux dans le tissu de la vie ecclésiale ». Pour Mgr Marengo, ce malaise et cette fatigue ont une cause identifiée : « chaque fois que la communauté chrétienne tombe dans l’erreur de proposer des modèles de vie dérivés d’idéaux théologiques trop abstraits et construits de façon artificielle, elle conçoit son action pastorale comme l’application schématique d’un paradigme doctrinal ». Et de citer le pape François : « nous avons présenté un idéal théologique du mariage trop abstrait, presque artificiellement construit, loin de la situation concrète et des possibilités réelles des familles telles qu'elles sont. Cette idéalisation excessive, surtout quand on n'a pas réveillé la confiance dans la grâce, n'a pas rendu le mariage plus désirable et attrayant, bien au contraire ! » (Exhortation apostolique Amoris laetitia, 19 mars 2016, n°36).

Roberto de Mattei se demande si les questions de foi et de morale peuvent se réduire à un tel jeu polémique sans conduire fatalement au relativisme de la doctrine de vérité au profit de la pratique pastorale. Celle-ci, loin des « idéaux théologiques trop abstraits et construits de façon artificielle », justifie alors tous les comportements au gré du flux de la vie, selon le principe moderniste de l'immanentisme.

De son côté, Thibaud Collin dans L'Homme Nouveau du 18 juillet 2017, s'inquiète de cette volonté sourde de « changer de paradigme », qui pourrait émousser la portée de la condamnation de la contraception prononcée il y a 50 ans. Au nom de la « conversion pastorale » chère au pape François, de tristes effets seraient à craindre au sujet de la régulation des naissances, de même que certains passages du chapitre 8 d'Amoris laetitia en ont produit quant à l’indissolubilité du lien conjugal.

Il relève aussi que Mgr Pierangelo Sequeri, président de l’Institut pontifical Jean-Paul II et membre du groupe de recherche sur Humanae vitae, fut l'un des organisateurs du colloque qui s'était tenu le 25 mai 2015 à l’Université pontificale grégorienne, à Rome. Réuni à l’initiative des présidents des Conférences épiscopales d’Allemagne, de France et de Suisse, ce colloque avait notamment pour but "de réfléchir sur les moyens d'assouplir les normes de la morale conjugale", écrit Thibaud Collin.

Face à ces inquiétudes, Nicolas Senèze dans La Croix (26 juin 2017) parle de rumeurs infondées. Contrairement aux allégations de Mario Tosatti, explique-t-il, le pape n'a pas mis en place de commission secrète pour réviser ou réinterpréter Humanae vitae à la lumière d'Amoris laetitia. Il a simplement autorisé un historien à consulter les archives sur la préparation de l'encyclique du pape Paul VI. Le journaliste cite, sous couvert d'anonymat, un membre de la commission de recherche : « Rien n’a été décidé de ce qui sera fait de ce matériau : personnellement, s’il s’était agi de réinterpréter Humanae vitae, je n’aurais pas accepté. Pour moi, il s’agit surtout de mettre à disposition du public la documentation concernant la genèse de l’encyclique ». Et encore : « Le but de notre travail est donc de publier des documents qui ont un réel intérêt scientifique pour comprendre ce qui s’est passé. Et pas du tout de changer la doctrine ». Dont acte.

En définitive, il sera intéressant de suivre les débats et travaux à l'occasion du cinquantenaire de l'encyclique Humanae vitae. Mais une certaine perplexité demeure, notamment lorsque Mgr Marengo dit espérer qu’il sera, au terme de la mission qui lui a été confiée, « possible de mettre de côté de nombreuses lectures partielles du texte » (lesquelles ?), et « surtout de saisir les intentions et les préoccupations qui ont motivé le pape Paul VI ». D'autant qu'il semble regretter le fait que, « à l'époque, était encore très présente dans l'Eglise une insistance sur la procréation, comprise comme une fin primaire du mariage » (sic).

Vini Ganimara, sur le site Riposte catholique (18 juillet 2017), estime qu'en ressortant les travaux de la Commission qui, en 1967, s'était prononcée en faveur de la contraception et de la non-infaillibilité des enseignements précédents du magistère sur la question, le groupe de recherche va ranimer les braises de la contestation : « le fait de ressortir aujourd’hui ces documents ne peut qu’être explosif ». L'avenir le dira.

Puisse ce cinquantenaire être l'occasion de rappeler la vérité catholique plutôt que d'accroître la confusion parmi les fidèles.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Évolution des Tensions

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 12 août 2017

La Frat s’est condamnée, en faisant fausse route.
Dès lors qui gardera la foi, coûte que coûte ?
Que devient la Fraternité Saint-Pie X, depuis le printemps et le début de l’été ? De fortes tensions s’étaient alors manifestées, pour savoir si, oui ou non, des prêtres conciliaires devaient participer en tant que témoins officiels aux mariages dans la Fraternité. Pour faire court, les relations continuent d’être tendues entre les dirigeants de Menzingen, qui favorisent cette participation, et les autres, prêtres et laïcs, qui la proscrivent. On peut voir se dessiner une ligne de fracture séparant les disciples de Mgr Lefebvre et les partisans de Mgr Fellay. Une telle scission était inévitable à partir du jour où Mgr Fellay se mit à diriger l’œuvre de Mgr Lefebvre dans une direction différente de celle que suivait l’Archevêque

Mais, rien n’ébranle Mgr Fellay dans sa détermination de rallier la Rome conciliaire en éloignant Menzingen de la ligne tracée par Mgr Lefebvre. Tout récemment en France, un couple, qu’un prêtre de la Fraternité préparait au mariage, a refusé d’avoir affaire aux autorités conciliaires. Il n’en fallut pas d’avantage pour que le prêtre refusât de les marier. Il avait, de toute évidence, l’aval de ses supérieurs. Est-il possible de trouver des motifs rationnels expliquant un tel acharnement à détruire l’œuvre de Mgr Lefebvre ? Trois facteurs, parmi d’autres, peuvent y être en jeu.

Premier point, la Providence a choisi la Suisse pour que, dans un premier temps, elle serve de base géographique à la Fraternité. C’est pourquoi, ce pays a joui, au sein de cette Congrégation d’une importance et d’un prestige particulier. À l’heure actuelle, ses deux premiers dirigeants ne sont-ils pas des citoyens suisses ? Il en va de même de beaucoup d’autres prêtres. Or, il est connu que la Suisse est un pays d’ordre, ne serait-ce que par l’exemple de ses trains qui arrivent bien à l’heure. Or quand on est une Congrégation véritablement catholique, ne pas être reconnu par les autorités officielles, constitue un désordre, qui sera particuliêrement ressenti par un peuple qui aime que tout soit en règle. Deuxième point, si Rome reconnaît un jour la Fraternité, ses prêtres pourront bénéficier du vaste champ d’apostolat dont ils rêvent. Et, troisième point, il peut sembler qu’il n’y ait pas d’autre solution aux graves tensions internes qui troublent une Congrégation bravant l’Église officielle, que de se ranger sous l’autorité de la Rome conciliaire – Mgr Fellay ne voulant pas entendre parler de solutions pré-apocalyptiques, telle que serait une intervention divine.

Répondons au premier point : Pour un catholique, l’ordre suprême n’est pas l’ordre temporel de l’État, si désirable soit-il, mais l’ordre divin, aujourd’hui jeté à terre et piétiné par Vatican II. Quant au deuxième point : Les modernistes peuvent, par nature, présenter toute l’apparence d’une « conversion », simplement parce que, pour eux, un fondement subjectif ne leur pose aucun problème. Mais cette position est si confortable que peu d’entre eux pensent à l’abandonner pour une conversion objective, impliquant la Croix. Comme l’a dit le père Vallet, un libéral ne se convertit pas. Enfin, troisième point : Face aux problèmes gravissimes qui se posent aujourd’hui au monde et à l’Église, choyer le mensonge ne peut en rien servir de solution, même si le mensonge semble triompher. Penser le contraire trahit un grave manque de foi. Vraiment, la main du Seigneur serait-elle raccourcie parce que les hommes sont méchants (Isaïe L, 2, LIX, 1) ? Dieu sait exactement comment Il va balayer ce déluge de mensonges. Qui vivra verra. Mais en attendant, le Bon Dieu ne veut absolument pas que nous empruntions le chemin des menteurs !

Cependant il y a de bonnes nouvelles aussi : plusieurs prêtres et laïcs refusent résolument d’accepter les mensonges. Un lecteur de France me dit qu’un certain nombre de prêtres de la Fraternité ont été réveillés par le problème concret des mariages. Au grand dam de leurs supérieurs, la plupart des prêtres FSSPX refusant les erreurs conciliaires n’auront pas recours aux témoins conciliaires pour les mariages de la Fraternité. Trois des doyens rétrogradés ont fermement pris position par écrit contre ces témoins conciliaires, même après avoir fait l’objet de sanction. L’un d’eux vient même de critiquer vivement l’éventualité d’une Prélature personnelle, car ces deux questions sont liées, n’en déplaise à l’accablante déclaration du cardinal Müller de fin juin. Nous ne sommes en aucun cas « de nouveau à la case départ », comme le prétendait Mgr Fellay à cette époque. “Tel un mauvais chef d’entreprise aux abois “, déclare ce lecteur, “Mgr Fellay n’a plus la confiance de personne doté d’un cerveau en état de fonctionnement, y compris les plus respectueux.” Maintenant, ce qui importe, conclut notre lecteur, ce n’est pas de sauver la Fraternité dans son ensemble – cela tiendrait du miracle – mais de sauver autant de prêtres et de laïcs que possible de cette dégringolade qui emporte la Fraternité.

10 août 2017

[Abbé François Knittel, fsspx - FSSPX Actualités] Droit et pastorale du mariage


SOURCE - Abbé François Knittel, fsspx - FSSPX Actualités - 10 aout 2017

Le 4 avril 2017, le Vatican a rendu public un document daté du 27 mars et relatif aux mariages célébrés par les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Sur indication du pape François, le cardinal Gerhard Müller – préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – et Mgr Guido Pozzo – secrétaire de la Commission Ecclesia Dei – y invitent les évêques à faciliter la célébration de ces mariages dans leurs diocèses respectifs.
     
Le document rappelle que, dans le rite traditionnel, l’échange des consentements précède la célébration de la messe. Dans tous les cas de figure, le prêtre de la Fraternité est autorisé à célébrer la messe de mariage selon le rite traditionnel. Par contre, l’échange des consentements peut être reçu, soit par un prêtre mandaté à cet effet par l’évêque diocésain, soit par le prêtre de la Fraternité qui reçoit alors délégation directement de lui.
     
De par son objet (« la célébration de mariages de fidèles de la Fraternité Saint-Pie X »), le document s’inscrit dans un double contexte : le contexte doctrinal et canonique de la célébration du mariage dans l’Eglise et le contexte historique propre aux prêtres et fidèles de la Fraternité Saint-Pie X.
1. CONTEXTE DOCTRINAL ET CANONIQUE
1.1 Le décret du concile de Trente
Jusqu’au concile de Trente, les fiancés qui échangent leur consentement en l’absence de tout témoin – prêtre ou laïcs – contractent validement mariage. Cette pratique n’est pas contraire à la doctrine de l’Eglise, puisque les futurs époux sont ministres du sacrement et que le consentement donné et reçu constitue la matière et la forme du sacrement.
     
Bien que conforme à l’enseignement de l’Eglise, cet usage occasionne des difficultés récurrentes. En amont, les futurs peuvent se révéler inhabiles à contracter mariage en raison d’un empêchement. Or, d’une part, certains empêchements ne font l’objet d’aucune dispense et, d’autre part, l’obtention de la dispense est un préalable nécessaire à la validité du consentement en cas d’empêchement dirimant. En aval, l’un des époux peut prétendre avoir donné son consentement sous la contrainte ou sous condition. Faute de témoins, cette affirmation est difficile à vérifier et à prouver.
     
L’incertitude persistante qui plane sur la validité des mariages clandestins constitue un grave péril pour les contractants et pour l’Eglise. Attentif à la dimension sociale du mariage, le concile de Trente exige désormais la présence d’un témoin autorisé pour recevoir les consentements et déclare les mariages clandestins nuls de plein droit dans son décret Tametsi du 11 novembre 1563 : « Ceux qui tenteraient de contracter mariage autrement qu’en présence du curé, ou d’un autre prêtre autorisé soit par le curé lui-même soit par l’Ordinaire, et de deux ou trois témoins, le saint concile les rend absolument inhabiles à contracter de cette sorte, et ordonne que de tels contrats soient nuls et invalides. »
1.2 Le décret de saint Pie X
Saint Pie X confirme cette discipline dans le décret Ne temere publié par la Congrégation du Concile le 2 août 1907 : « Sont seuls valides les mariages contractés devant le curé, ou l’Ordinaire du lieu, ou un prêtre délégué par l’un des deux, et devant au moins deux témoins. » (n° III)
     
Le décret veille toutefois à ce que le respect de la règle ne se fasse pas au détriment du bien spirituel des futurs :
  • en cas de péril de mort : « En cas de péril imminent de mort, et si l’on ne peut avoir la présence du curé ou de l’Ordinaire du lieu, ou d’un prêtre délégué par l’un ou l’autre, pour pourvoir à la conscience des époux et, s’il y a lieu, légitimer les enfants, le mariage peut être validement et licitement contracté devant n’importe quel prêtre et deux témoins. » (n° VII)
  • en l’absence prolongée de tout témoin autorisé : « S’il arrive que dans quelque région le curé, ou l’Ordinaire du lieu, ou le prêtre qu’ils ont délégué, devant qui puisse se célébrer le mariage, fassent tous défaut et que cette situation dure déjà depuis un mois, le mariage peut être validement et licitement contracté par un consentement formel donné par les époux devant deux témoins. » (n° VIII)La présence de deux témoins pour la validité du mariage ne souffrant aucune exception, les mariages clandestins restent invalides.
1.3 Le Code de droit canon de 1917
Préparé par saint Pie X et publié par Benoît XV, le Code de droit canon de 1917 reprend et clarifie la discipline canonique antérieure quant à l’échange des consentements en vue du mariage.
     
Le principe énoncé par le décret tridentin est réaffirmé : « Sont seuls valides les mariages qui sont contractés devant le curé ou l’Ordinaire du lieu, ou un prêtre délégué par l’un d’entre eux, et devant deux témoins, selon les règles exprimées dans les canons qui suivent… » (can. 1094)
     
Les exceptions prévues par le décret de saint Pie X sont également reprises : « S’il n’est pas possible d’avoir ou d’aller trouver sans grave inconvénient le curé, ou l’Ordinaire, ou le prêtre délégué, qui assisteraient au mariage selon la norme des canons 1095-1096 :
  1. En cas de péril de mort, le mariage contracté devant les seuls témoins est valide et licite ; et même en dehors de ce cas, pourvu qu’en toute prudence, il faille prévoir que cette situation durera un mois ;
  2. Dans les deux cas, si un autre prêtre pouvait être présent, il devrait être appelé et assisterait, avec les témoins, au mariage, le mariage étant toutefois valide devant les seuls témoins. » (can. 1098)
Comparé à la discipline antérieure, le Code de droit canon de 1917 modifie sur deux points le régime d’exception prévu hors du péril de mort :
  • là où il fallait autrefois que l’absence du témoin autorisé pendant un mois soit constatée, il suffit maintenant qu’elle soit prévisible.
  • nonobstant la validité de l’échange des consentements devant les deux seuls témoins, la présence d’un prêtre – même privé de juridiction ordinaire ou déléguée pour assister au mariage – est désormais exigée pour que le mariage soit licite. Le prêtre peut ainsi préparer les fiancés, vérifier l’absence d’empêchement, demander le cas échéant les dispenses et s’assurer du caractère libre et inconditionné du consentement.1.4 Le Code de droit canon de 1983
Le Code de droit canon publié en 1983 reprend en substance la discipline de 1917 :
  • quant au principe : « Seuls sont valides les mariages contractés devant l’Ordinaire du lieu ou bien devant le curé, ou devant un prêtre ou un diacre délégué par l’un d’entre eux, qui assiste au mariage, ainsi que devant deux témoins… » (can. 1108 § 1)
  • quant aux exceptions : « § 1. S’il n’est pas possible d’avoir ou d’aller trouver sans grave inconvénient un assistant compétent selon le droit, les personnes qui veulent contracter un vrai mariage peuvent le contracter validement et licitement devant les seuls témoins : 1) en cas de danger de mort ; 2) en dehors du danger de mort, pourvu qu’avec prudence il soit prévu que cette situation durera un mois.« § 2. Dans les deux cas, si un autre prêtre ou diacre peut être présent, il doit être appelé et être présent avec les témoins à la célébration du mariage restant sauve la validité du mariage devant les seuls témoins. » (can. 1116)
Seule nouveauté de la discipline promulguée en 1983 : le fait qu’un diacre puisse être le témoin autorisé de l’Eglise.
2. CONTEXTE HISTORIQUE
Le contexte doctrinal et canonique de la célébration du mariage dans l’Eglise ayant été rappelé brièvement, il convient de se pencher sur l’histoire des prêtres et des fidèles de la Fraternité Saint-Pie X.
2.1 La crise dans l’Eglise
La convocation et la tenue du concile Vatican II est l’occasion pour Mgr Marcel Lefebvre de mesurer la profondeur et l’étendue de la crise dans laquelle l’Eglise s’enfonce déjà. Le sacerdoce, la vie religieuse, l’apostolat, la liturgie, le catéchisme, la doctrine sociale, la morale naturelle et évangélique, l’exercice de l’autorité : aucun domaine de la vie catholique n’échappe aux remises en cause et au naufrage. Romano Amerio en fait le constat documenté dans son maître ouvrage Iota unum, sous-titré « Histoire des variations de l’Eglise catholique au 20e siècle ».
     
Loin de céder au fatalisme, le prélat saisit toutes les opportunités qui s’offrent à lui pour peser sur le cours des événements et pour alerter les catholiques. Outre son rôle dans le Cœtus internationalis Patrum durant le Concile, il multiplie les mises en garde orales et écrites destinées aux autorités, à ses confrères et aux fidèles. Mentionnons pour mémoire ses interventions au Concile publiées dans J’accuse le Concile, son article « Pour demeurer bon catholique faudrait-il devenir protestant ? » rédigé le 11 octobre 1964 et publié le 5 juin 1970, sa lettre au cardinal Ottaviani du 20 décembre 1966 et sa participation à l’élaboration du Bref examen critique de la nouvelle messe publié au printemps 1969.
2.2 Une œuvre sacerdotale
Convaincu de l’importance du sacerdoce pour sortir de la crise, encouragé par des fidèles et sollicité par des candidats au sacerdoce, Mgr Lefebvre décide alors de fonder une œuvre dont la finalité est « le sacerdoce et tout ce qui s’y rapporte et rien que ce qui le concerne, c’est-à-dire tel que Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a voulu lorsqu’il a dit : ‘Faites ceci en mémoire de Moi’ » (Statuts de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, n° II-1). La Fraternité Saint-Pie X devient une œuvre d’Eglise grâce à l’approbation qu’elle reçoit de Mgr François Charrière – évêque de Fribourg, Genève et Lausanne – le 1er novembre 1970.
     
Une fois formés et ordonnés, les prêtres de la Fraternité sont destinés à exercer leur apostolat dans les diocèses qui veulent bien les accueillir : « Le ministère paroissial, la prédication de missions paroissiales, sans limites de lieux, sont également des œuvres auxquelles s’adonne la Fraternité. Ces ministères feront l’objet de contrats avec les Ordinaires des lieux afin de permettre à la Fraternité d’exercer son apostolat selon sa grâce particulière » (Ibid., n° III-5).
     
A l’opposé de tous ceux qui s’attendent à un renouveau de l’Eglise sous l’effet conjugué de la réforme liturgique et des textes conciliaires, Mgr Lefebvre et son œuvre s’en tiennent à la liturgie traditionnelle et refusent les nouveautés conciliaires (œcuménisme, liberté religieuse et collégialité). Cette attitude vaut au séminaire d’Ecône une visite canonique diligentée par le pape Paul VI (11-13 novembre 1974) et à la Fraternité sa suppression par Mgr Mamie (6 mai 1975).
2.3 Un état de nécessité émergent
Les conséquences de cette première injustice ne se font pas attendre.
     
Primo, le cardinal Jean Villot enjoint aux évêques diocésains de refuser toute incardination aux séminaristes d’Ecône. Faute d’appartenir à un diocèse ou une congrégation en règle, ces séminaristes ne sauraient être licitement ordonnés. S’ils passent outre, ils encourent la suspense a divinis (interdiction de célébrer la messe et d’administrer les sacrements) et celui qui les ordonne la suspense a collatione ordinum (interdiction d’ordonner). C’est chose faite après les ordinations du 29 juin 1976.
     
Secundo, aucun diocèse n’accepte de confier d’apostolat aux prêtres ordonnés par Mgr Lefebvre en raison de la peine canonique qui les frappent. Parallèlement, nombre de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle et à la doctrine catholique se retrouvent sans pasteur, errant de paroisse en paroisse à la recherche d’une liturgie, d’une prédication, d’un catéchisme et d’une pastorale conformes à la pratique traditionnelle de l’Eglise. Logiquement, les pasteurs sans brebis et les brebis sans pasteurs vont unir leurs forces dans le cadre d’un apostolat de suppléance. En attendant des temps meilleurs.
     
Tertio, après avoir longtemps espéré le secours d’autres évêques pour ordonner ses séminaristes et confirmer les fidèles, Mgr Lefebvre se voit contraint par la nécessité de se donner des successeurs. Il procède aux sacres épiscopaux du 30 juin 1988 qui valent aux consécrateurs et aux consacrés la peine d’excommunication et à tous ceux qui les suivent – prêtres et fidèles – d’être suspectés de schisme.
2.4 Mariage et état de nécessité
Cette situation pénible conduit prêtres et fidèles de la Tradition à s’interroger sur le cadre canonique des mariages. Fidèles aux prescriptions du concile de Trente, ils s’adressent dans un premier temps aux rares curés bienveillants encore en poste. Certains d’entre eux acceptent de recevoir eux-mêmes les consentements des fiancés, les autres délèguent à cet effet les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X.
     
Mais la disparition progressive de ces curés ferme définitivement la porte aux mariages traditionnels célébrés en présence d’un témoin autorisé. Les fiancés se trouvent alors dans l’impossibilité de trouver dans un délai raisonnable un prêtre ayant juridiction qui les préparerait au mariage selon la doctrine de l’Eglise et célébrerait la messe selon le rite traditionnel.
     
Comme les y autorisent le Code de droit canon de 1917 et celui de 1983, ils échangent alors leurs consentements devant deux témoins, tout en veillant à ce qu’un prêtre de la Fraternité procède à l’enquête canonique, assure leur préparation, assiste à leur engagement et célèbre leur messe de mariage. Un texte en ce sens, signé par les futurs et le prêtre, est intégré au dossier de mariage.
3. PERSPECTIVES
Durant les années 70 et 80, les relations entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X sont dominées par une logique de confrontation. Erigée canoniquement le 1er novembre 1970 par Mgr Charrière, l’œuvre de Mgr Lefebvre est privée de cette reconnaissance par Mgr Mamie le 6 mai 1975 à cause de son refus de la réforme liturgique et des nouveautés conciliaires.
     
Ses prêtres et ses fidèles vont alors subir la froide rigueur du droit canon : l’ordination des séminaristes est jugée illicite et les ordinands menacés de suspense a divinis, aucun évêque diocésain ne confie d’apostolat à ces prêtres réputés irréguliers, l’apostolat que ces prêtres exercent malgré tout est considéré comme illicite, certains sacrements reçus par les fidèles sont déclarés invalides par défaut de juridiction du côté des prêtres.
3.1 Une logique d’apaisement
Depuis l’avènement du pape François, les autorités de l’Eglise ont changé d’approche. Sans revenir sur le passé, les autorités de l’Eglise reconnaissent progressivement la licéité et la validité du ministère réalisé par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X.
     
D’abord, la confession : « J’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année sainte de la Miséricorde, s’approcheront, pour célébrer le sacrement de la Réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés. » (François, Lettre à Mgr Fisichella, 1er septembre 2015). Ces dispositions ont été prorogées par-delà l’Année de la Miséricorde par le pape : « Pour le bien pastoral de ces fidèles et comptant sur la bonne volonté de leurs prêtres afin que la pleine communion dans l’Eglise catholique puisse être recouvrée avec l’aide de Dieu, j’établis par ma propre décision d’étendre cette faculté au-delà de la période jubilaire, jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions » (François, Lettre apostolique Misericordia et misera, 20 novembre 2016, n° 12).
     
Ensuite, l’ordination sacerdotale : « Cet été, il a été confirmé que le Supérieur général peut librement ordonner les prêtres de la Fraternité sans avoir à demander la permission à l’évêque du lieu » (Mgr Fellay, Interview à TV Libertés, 29 janvier 2017).
     
Enfin, le mariage : « Malgré la persistance objective, pour le moment, de la situation canonique d’illégitimité dans laquelle se trouve la Fraternité Saint-Pie X, le Saint-Père, sur proposition de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de la Commission Ecclesia Dei, a décidé d’autoriser les Ordinaires du lieu à concéder aussi des permissions pour la célébration de mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité » (Commission Ecclesia Dei, Lettre aux Ordinaires, 27 mars 2017).
     
A une logique de confrontation succède donc une logique d’apaisement où la seule apparence d’irrégularité canonique ne suffit plus pour flétrir les ordinations faites par les évêques de la Fraternité ou pour disqualifier le ministère réalisé par ses prêtres.
3.2 L’intervention des évêques
Désireuse de voir les évêques diocésains s’associer à cette démarche, la Commission Ecclesia Dei « a décidé d’autoriser les Ordinaires du lieu à concéder aussi des permissions pour la célébration de mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité » (ibid.).
     
Deux options sont envisagées :
     
« Dans la mesure du possible, la délégation de l’Ordinaire pour assister au mariage sera donnée à un prêtre du diocèse (ou du moins à un prêtre pleinement régulier) pour qu’il reçoive le consentement des parties dans le rite du Sacrement qui, dans la liturgie du Vetus ordo, a lieu au début de la Sainte Messe ; suivra alors la célébration de la Sainte Messe votive par un prêtre de la Fraternité.
     
« En cas d’impossibilité ou s’il n’existe pas de prêtre du diocèse qui puisse recevoir le consentement des parties, l’Ordinaire peut concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité qui célébrera aussi la Sainte Messe, en lui rappelant qu’il a le devoir de faire parvenir au plus vite à la Curie diocésaine la documentation qui atteste la célébration du Sacrement » (Ibid.).
     
Le rôle attribué aux évêques diocésains dans la célébration des mariages des fidèles de la Fraternité pourrait susciter l’étonnement, voire l’inquiétude. D’autant plus que les dispositions du pape François touchant la confession n’y faisaient aucune allusion. Comment ne pas y voir un mauvais présage pour les œuvres de la Tradition alors qu’on leur fait miroiter l’éventualité d’une prélature personnelle ?
     
En vérité, Notre-Seigneur Jésus-Christ a fondé l’Eglise sur les Apôtres et les évêques qui leur succèdent. C’est à eux que le Sauveur a confié la mission d’enseigner, de sanctifier et de gouverner (Mt 28, 19). Aussi l’apostolat réalisé par des prêtres étrangers au diocèse requiert-il d’ordinaire l’accord de l’évêque diocésain.
     
Par sa dimension sociale, le mariage est plus directement ordonné au bien commun de l’Eglise qu’un sacrement à portée individuelle comme la pénitence. Sa célébration intéresse donc au premier chef celui qui est chargé du bien commun dans le diocèse.
     
Les mesures récentes concernant les sacrements administrés par les évêques et les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X ont un caractère temporaire. Si les œuvres de la Tradition devaient être intégrées dans une structure de caractère épiscopal, c’est de leur prélat qu’elles recevraient alors le pouvoir d’entendre les confessions et d’assister aux mariages.
3.3 La fin de la crise dans l’Eglise ?
Dans le sillage du Concile, l’adoption de la réforme liturgique et l’adhésion aux nouveautés conciliaires faisaient figure de critère de catholicité. Faute de s’y conformer, les fidèles étaient voués à la relégation sociologique et les prêtres objets de censures canoniques. Pour répondre à l’état de nécessité ainsi créé, un apostolat de suppléance a été mis sur pied par les prêtres au bénéfice des fidèles.
     
Cet état de nécessité a commencé à reculer avec le motu proprio du 7 juillet 2007 où Benoît XVI reconnaît que la Messe traditionnelle n’a jamais été abrogée. Les décisions du pape François relatives à l’apostolat des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X accentuent ce mouvement. Logiquement, l’état de nécessité est voué à terme à disparaître.
     
Pour autant, la crise qui sévit dans l’Eglise est loin d’être terminée. La question de l’autorité des documents conciliaires n’est pas résolue. La responsabilité du concile Vatican II dans l’accélération de la crise reste encore à évaluer. La réforme de la réforme liturgique n’est toujours pas en vue. Et l’autorisation récente d’admettre les divorcés « remariés » à la communion ne fait qu’accroître la confusion.
     
Affirmer que l’état de nécessité tend à disparaître ne signifie pas que la crise dans l’Eglise est révolue. La transmission de la foi reste problématique, la liturgie mutilée, la confession délaissée, la communion galvaudée, la contraception pratiquée, la prédication affadie, le sacerdoce et la vie religieuse exsangues.
     
A cet égard, les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X – dont l’apostolat est désormais reconnu – ont un discours et un savoir-faire qui pourraient se révéler précieux pour renouveler l’esprit chrétien dans toute l’Eglise.
     
Abbé François KNITTEL