15 août 2017

2 octobre 1965 [Mgr Lefebvre] Douzième intervention au concile (sur les missions)

SOURCE - Mgr Lefebvre - 2 octobre 1965

Vénérables Pères,

Le nouveau schéma sur « L’activité missionnaire de l’Eglise » nous semble bien meilleur que le premier, surtout parce que son objet est mieux défini : « Missions auprès des peuples et des communautés humaines qui n’ont pas encore la foi ou chez qui l’Eglise n’est pas encore suffisamment implantée ». Ainsi s’est exprimé le rapporteur lui-même.

L’ordre suivi dans le schéma semble, lui aussi, plus conforme à la vérité et à la réalité. Permettez-moi pourtant de relever, dans ce schéma, quelques déficiences très graves sur des points de la plus haute importance.
     
1. Déficience dans la définition exacte de la fonction du Souverain pontife et de celle des évêques.
Les passages suivants contiennent une grave ambiguïté et, parfois, des nouveautés doctrinales.
  • Page 7, lignes 19, 20 et 21 : « Cette fonction, après eux, l’Ordre des évêques l’a héritée, avec le Successeur de Pierre… » Page 25, N° 36, il est dit : « Tous les évêques ont été consacrés, non seulement pour régir quelque diocèse, mais pour le salut du monde entier. » Comme si les évêques possédaient juridiction sur toute la terre, ce qui contredit ouvertement la tradition universelle de l’Eglise.
     
    Seul Pierre et les Successeurs de Pierre possèdent le droit strict de paître tout le troupeau ; partant, seuls les pontifes romains possèdent le droit d’envoyer des missionnaires dans le monde entier. Toute l’histoire de l’Eglise romaine le prouve lumineusement. C’est du Saint-Siège romain, de la Ville éternelle, que sont envoyés dans le monde entier les évêques, les prêtres, les religieux. C’est ici qu’ils ont reçu leur mandat et leur mission.
     
    Or, notre schéma ne fait nulle mention de l’œuvre constante des pontifes romains pour le salut de tout le genre humain.
     
    Par contre et selon le droit, les évêques se doivent à leur diocèse, à leur troupeau particulier ; puis, selon la charité, ils doivent leur sollicitude à toutes les âmes.
     
    Telle est la doctrine traditionnelle de l’Eglise, affirmée par tous les pontifes et par toute la tradition, par Pie XII encore, dans son encyclique Fidei Donum. En fait, on ne parle que de la sollicitude obligatoire pour tous les évêques, selon le devoir de charité.
     
    Dans son encyclique Satis cognitum, Léon XIII expose abondamment cette doctrine traditionnelle, exposée clairement aussi dans la constitution Lumen gentium comprise à la lumière de sa note explicative.
          
  • Page 21, N° 27, un autre texte parle de l’ordonnance générale et ne répond pas à la doctrine affirmée dans la constitution sur la fonction épiscopale, surtout après le décret du Souverain pontife glorieusement régnant, au sujet du synode des évêques
Ces textes semblent donc devoir être amendés selon la norme de la doctrine traditionnelle, notamment par affirmation claire de la fonction et des titres à cette fonction des Souverains pontifes et des évêques. Puis, mention historique doit être faite de l’œuvre des Pontifes romains dans l’accomplissement du mandat reçu de Notre-Seigneur.

2. Très déficient est aussi l’exposé du but de l’activité missionnaire. Cela aussi est très grave, car de cet exposé doivent naître les vocations et, à la lumière de ces raisons, sera réglée toute l’activité missionnaire.
  • L’exposé présenté page 9, N° 7, des motifs de l’activité missionnaire, s’il est véridique, produira le tarissement de toute vocation et du zèle apostolique, plutôt qu’une nouvelle impulsion.
     
    La raison véritable et essentielle est le salut des âmes par Jésus-Christ notre Sauveur, au nom de qui seulement l’homme peut être sauvé, parce que tous les hommes sont pécheurs et demeurent dans leurs péchés s’ils sont privés du sang du Christ, lequel se trouve vraiment et intégralement dans la seule Eglise catholique.
     
    Non seulement nous ne trouvons point ici le besoin de l’Eglise, le besoin de la foi et du baptême, le besoin de la prédication pour accomplir la mission salvifique du Christ, mais en lieu et place, on parle de moyens qui dépendent de la volonté de Dieu et sont étrangers à l’économie du salut par l’Eglise.
     
    En effet, la théologie de cet exposé fondamental du schéma n’est pas traditionnelle : la justification par le Christ à travers l’Eglise semble être seulement quelque chose de meilleur, mais non pas indispensable, comme si la nature humaine n’était pas viciée par le péché originel et comme si elle pouvait se sauver par elle-même, toute seule, parce qu’elle reste bonne. Une telle doctrine constitue une théologie nouvelle.
        
  • Partant, la pratique de l’apostolat, elle aussi, n’est point traditionnelle. On s’en aperçoit à la lecture des numéros 11, 12 et 13. Cette ordonnance de l’apostolat est fondée sur des principes naturalistes et non pas surnaturels. Ce n’est point ainsi qu’agirent Jésus-Christ et les apôtres : ils prêchèrent, non seulement « aux âmes bien disposées », comme il est dit au N° 13, mais à tous les hommes, dont une partie acceptait la foi et l’autre partie refusait cette foi et se retirait.
     
    On veut préparer et former plutôt des prédicants que des prédicateurs. Mais qui peut savoir si l’auditeur est bien disposé ou non ? Cela est le mystère de la grâce du Christ.
     
    Cette description doit être plus évangélique et doit engendrer la confiance dans les moyens surnaturels.
        
  • Pourquoi est-il dit, page 13, ligne 5 : « L’Eglise interdit de contraindre quiconque à embrasser la foi, ou de l’y amener ou de l’y solliciter par des artifices importuns » ? Cette phrase est injurieuse pour les missionnaires et fort loin du zèle pour le salut des âmes que nous trouvons dans l’Evangile et dans les Actes des apôtres.
     
    Puisse ce schéma, si important dans l’Eglise, devenir une source de rénovation de l’apostolat missionnaire, puisque l’apostolat est la vie de l’Eglise elle-même !
D’autres observations de moindre importance, je les transmets par écrit au Secrétariat général.

J’ai dit.
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Remarques transmises par écrit au Secrétariat général du concile :
  • Page 7, N° 5 : La description de la mission de l’Eglise, lignes 23 à 30, ne semble pas suffisante. Après le verbe « qu’elle amène », il faut indiquer « par l’observance des ordres reçus ». La formule correspondrait mieux aux paroles du Christ : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant… et leur enseignant à observer tout ce que Je vous ai ordonné… », comme il est dit, du reste, au début.
      
  • Page 7, N° 5 : Observation de moindre importance. Pourquoi ne pas dire, à la ligne 37 : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens », pour que la citation soit authentique ?
      
  • Page 9, N° 8, lignes 49 et 50 : « Que le Christ soit… d’une humanité nouvelle ». De quelle humanité nouvelle, à laquelle tout le monde aspire, s’agit-il donc ici ? Cette humanité nouvelle semble être terrestre. Or, peut-on dire que tout homme aspire à une nouvelle humanité terrestre comme à une fin ultime !… Le texte est ambigu.
       
  • Page 12, N° 13, lignes 33 à 39 : Ici encore, on ne trouve pas l’esprit évangélique de la prédication. « Il faut l’annoncer… aux âmes… bien disposées… » Or, qui peut devenir juge des dispositions des âmes ? Et vraiment, la prédication devrait se limiter aux gens qui paraissent, au jugement humain, être bien disposés ? Une telle vue ne correspond ni à l’esprit évangélique ni à l’esprit de foi. « Et maintenant, Seigneur, considère… » (Actes des apôtres, IV, 29). La Tradition apostolique nous montre que, après une prédication, d’aucuns s’en vont incrédules, d’autres, au contraire, convertis.
       
  • Page 14, lignes 17 à 25 : Qu’on dise quelques mots d’exhortation à la charité envers les protestants et les orthodoxes. Mais nous devons éviter, dans les nouvelles communautés chrétiennes, le scandale de l’indifférentisme et le passage de l’Eglise aux hérétiques ou aux schismatiques et cela pour des raisons futiles.
       
    En outre, il est faux de dire simplement « les frères séparés sont disciples du Christ, régénérés par le baptême », puisque dans la majorité des sectes protestantes, le baptême est invalide par vice soit de forme, soit de matière, soit d’intention.
     
    Si, dans les territoires de vieille chrétienté, l’œcuménisme n’est pas raison de scandale, chez des néophytes il existe certainement un grave danger et, chez eux, en de multiples cas, on ne peut favoriser la coopération avec des hérétiques et des schismatiques.
         
  • Page 16, le N° 18 doit prendre la place du N° 17 : les religieux n’ont pas rang après les catéchistes.
        
  • Page 21, lignes 5 et 6 : La raison donnée ici à l’existence des institutions semble insuffisante. Il faut exprimer d’autre manière ces raisons, qui sont : la vie religieuse, c’est-à-dire l’imitation du Christ ; la vie de la communauté et de la famille ; et, ainsi, la plus grande efficacité dans l’apostolat.
        
  • Page 23, ligne 35 : Il faut supprimer les mots « et doivent », comme une expression trop impérative.
        
  • Page 27, lignes 42 et 43 : « Qui touchent aux structures fondamentales de la vie sociale ». Ces termes sont ambigus. D’après l’expérience évidente, la doctrine sociale de l’Eglise, en particulier sur le droit de propriété privée, apporte le plus grand progrès économique des familles, chez les peuples à économie faible. Le socialisme, au contraire, empêche tout à fait le progrès économique chez ces mêmes peuples, par l’institution du collectivisme. Nous devons donc veiller, dans cette question, à mentionner expressément la doctrine sociale catholique. « Qui touchent aux structures fondamentales de la vie sociale, suivant les normes de la doctrine sociale catholique».

[Paix Liturgique] Mgr Rifan: la forme extraordinaire permet une claire profession de foi des dogmes eucharistiques

L'Assomption, Fra Angelico
SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°606 - 14 août 2017

Desservie par les pères dominicains, la basilique de Sainte-Marie-sur-la-Minerve, à deux pas du Panthéon, renferme en son autel majeur la châsse de sainte Catherine de Sienne, co-patronne de l'Italie. On y trouve aussi les tombes des cousins Médicis, les papes Léon X et Clément VII, et celle du Bienheureux Fra Angelico, patron des artistes. Le 27 octobre 2013, Mgr Rifan, Ordinaire de l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney, y célébrait la fête du Christ-Roi, en clôture du pèlerinage du peuple Summorum Pontificum à Rome. 

Le prélat brésilien y donna un sermon vigoureux, illustrant tout à la fois quelques-unes des raisons de notre attachement à la forme extraordinaire du rite romain et l'impératif de lutter contre le laïcisme, sûrs de notre victoire en Christ. C'est ce texte que nous vous proposons cette semaine, en vous souhaitant une bonne fête de l'Assomption.

NB : Vendredi 15 septembre 2017, Monseigneur Gilles Wach, prieur général de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, entouré des séminaristes de l'institut, célébrera une messe d'action de grâces à la Minerve, à l'occasion du dixième anniversaire de l'entrée en vigueur du motu proprio de Benoît XVI. Cette messe s'inscrit dans le cadre des célébrations romaines organisées par le Coetus Internationalis Summorum Pontificum et les associations Giovani e Tradizione et Amicizia Sacerdotale Summorum Pontificum, dont vous pouvez consulter ici le programme détaillé.
Très chers prêtres, séminaristes, religieux, religieuses, frères et sœurs en Notre Seigneur Jésus-Christ, 
Permettez-moi tout d’abord de saluer et de remercier les Pères dominicains, qui ont la charge de cette Basilique, pour leur accueil. 
Cette Sainte Messe pontificale solennelle célèbre la fin du pèlerinage “Summorum Pontificum” des catholiques liés à la forme traditionnelle du rite romain, universellement permise par le Saint-Père Benoît XVI dans son Motu Proprio Summorum Pontificum. 
Nous sommes dans l’Année de la Foi, proclamée par Benoît XVI et continuée par le pape François. Notre foi, comme l’exprime bien la lettre apostolique Porta Fidei, doit être professée, vécue, célébrée et priée. 
La Sainte Messe, la célébration du sacrifice eucharistique, est une des plus importantes professions de foi.Et si nous aimons, si nous préférons, si nous conservons la Sainte Messe dans la forme traditionnelle du rite romain, c’est parce qu’elle est précisément une claire profession de foi des dogmes eucharistiques : le dogme de la Messe comme sacrifice, renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix ; le dogme de la Présence réelle ; celui de la transsubstantiation opérée par les paroles du prêtre qui agit in persona Christi capitis et non par la foi du peuple ; le dogme enfin du ministère sacerdotal, distinct du ministère commun des fidèles. Notre fidélité à la Sainte Messe dans la forme traditionnelle du rite romain est dictée par notre foi. C’est cette profession de foi, professée et célébrée à travers la Messe traditionnelle, que nous offrons au Saint-Père comme preuve de notre fidélité à la Sainte Église. 
En outre, la Sainte Messe traditionnelle est une très importante contribution pour la Nouvelle évangélisation : parce qu’elle est une claire expression liturgique des dogmes eucharistiques ; parce qu’elle manifeste parfaitement la dignité du sacré par la richesse, la beauté, la noblesse et la solennité de ses cérémonies ; parce qu’elle communique le sens du mystère ; parce qu’elle est enfin un des trésors liturgiques catholiques, par lequel nous affirmons notre amour pour la Sainte Église et notre communion avec elle. 
Que le Saint-Père voit donc, dans notre forme liturgique, l’expression de notre pleine communion avec lui et avec l’Église. 
Nous célébrons la très belle fête du Christ-Roi. Cette fête fut instituée par le pape Pie IX en réponse au laïcisme qui régnait à l’époque et qui nous fait tant de tort aujourd’hui. « Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain. […] Nous proclamions ouvertement deux choses : l’une, que ce débordement de maux sur l’univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique ; l’autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur » (Encyclique Quas Primas, 1). 
C’est pour combattre ces maux que le Pape institua une fête propre spécialement en l’honneur du Christ-Roi : « C’est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d’apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l’univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles. Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n’est pas apparu brusquement ; depuis longtemps, il couvait au sein des États. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations ; on refusa à l’Église le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des États qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l’irréligion et l’oubli conscient et volontaire de Dieu » (Quas primas, 18). 
Pour bien comprendre en quoi consiste l’ennemi actuel de la civilisation chrétienne, nous avons ces mots de Pie XII : « Oh ! ne Nous demandez pas qui est “l’ennemi” ni sous quel aspect il se présente. Il se trouve partout et au milieu de tous : il sait être violent et rusé. Ces derniers siècles, il a tenté de réaliser la désagrégation intellectuelle, morale, sociale de l’unité dans l’organisme mystérieux du Christ. Il a voulu la nature sans la grâce ; la raison sans la foi ; la liberté sans l’autorité ; parfois l’autorité sans la liberté. C’est un “ennemi” devenu de plus en plus concret, avec une absence de scrupules qui surprend encore : le Christ oui, l’Église non ! Puis : Dieu oui, le Christ non ! Finalement le cri impie : Dieu est mort ; et même : Dieu n’a jamais existé. Et voici, maintenant, la tentative d’édifier la structure du monde sur des bases que Nous n’hésitons pas à indiquer comme principales responsables de la menace qui pèse sur l’humanité : une économie sans Dieu, un droit sans Dieu, une politique sans Dieu. L’“ennemi” s’est employé et s’emploie à ce que le Christ soit un étranger dans les universités, dans l’école, dans la famille, dans l’administration de la justice, dans l’activité législative, dans les assises des nations, là où se décide la paix ou la guerre » (Discours aux hommes de l’Action catholique, 12 octobre 1952). 
Mais ne perdons pas courage ! La victoire du Bien est certaine. La victoire du Christ et de l’Église. 
Place Saint-Pierre se trouve un obélisque égyptien qui se dressait jadis au centre du cirque de Néron et qui fut le symbole de la victoire sur les chrétiens, persécutés et morts en ce lieu, à commencer par saint Pierre. Aujourd’hui, le cirque de Néron n’existe plus. À sa place s’élève la magnifique Basilique Saint-Pierre et, si l’obélisque est toujours là, il porte désormais l’inscription : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ! Le Christ vainqueur, le Christ roi, le Christ souverain. À lui, la victoire finale ! 
Il en va ainsi de l’Église. Nous célébrons cette Sainte Messe en cette très belle Basilique de Sainte-Marie-sur-la-Minerve – ce qui veut dire qu’ici, en dessous de nous, se trouvait le temple de la déesse Minerve. Aujourd’hui, cette basilique est dédiée à Notre-Dame. C’est la victoire de la Très Sainte Vierge Marie sur Minerve, du Christ et de l’Église sur le paganisme. 
Confiants dans la protection de Notre Très Sainte Mère, nous continuons à combattre. La victoire est certaine : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ! Ainsi soit-il.

12 août 2017 [Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Évolution des Tensions

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 12 août 2017

La Frat s’est condamnée, en faisant fausse route.
Dès lors qui gardera la foi, coûte que coûte ?

Que devient la Fraternité Saint-Pie X, depuis le printemps et le début de l’été ? De fortes tensions s’étaient alors manifestées, pour savoir si, oui ou non, des prêtres conciliaires devaient participer en tant que témoins officiels aux mariages dans la Fraternité. Pour faire court, les relations continuent d’être tendues entre les dirigeants de Menzingen, qui favorisent cette participation, et les autres, prêtres et laïcs, qui la proscrivent. On peut voir se dessiner une ligne de fracture séparant les disciples de Mgr Lefebvre et les partisans de Mgr Fellay. Une telle scission était inévitable à partir du jour où Mgr Fellay se mit à diriger l’œuvre de Mgr Lefebvre dans une direction différente de celle que suivait l’Archevêque

Mais, rien n’ébranle Mgr Fellay dans sa détermination de rallier la Rome conciliaire en éloignant Menzingen de la ligne tracée par Mgr Lefebvre. Tout récemment en France, un couple, qu’un prêtre de la Fraternité préparait au mariage, a refusé d’avoir affaire aux autorités conciliaires. Il n’en fallut pas d’avantage pour que le prêtre refusât de les marier. Il avait, de toute évidence, l’aval de ses supérieurs. Est-il possible de trouver des motifs rationnels expliquant un tel acharnement à détruire l’œuvre de Mgr Lefebvre ? Trois facteurs, parmi d’autres, peuvent y être en jeu.

Premier point, la Providence a choisi la Suisse pour que, dans un premier temps, elle serve de base géographique à la Fraternité. C’est pourquoi, ce pays a joui, au sein de cette Congrégation d’une importance et d’un prestige particulier. À l’heure actuelle, ses deux premiers dirigeants ne sont-ils pas des citoyens suisses ? Il en va de même de beaucoup d’autres prêtres. Or, il est connu que la Suisse est un pays d’ordre, ne serait-ce que par l’exemple de ses trains qui arrivent bien à l’heure. Or quand on est une Congrégation véritablement catholique, ne pas être reconnu par les autorités officielles, constitue un désordre, qui sera particuliêrement ressenti par un peuple qui aime que tout soit en règle. Deuxième point, si Rome reconnaît un jour la Fraternité, ses prêtres pourront bénéficier du vaste champ d’apostolat dont ils rêvent. Et, troisième point, il peut sembler qu’il n’y ait pas d’autre solution aux graves tensions internes qui troublent une Congrégation bravant l’Église officielle, que de se ranger sous l’autorité de la Rome conciliaire – Mgr Fellay ne voulant pas entendre parler de solutions pré-apocalyptiques, telle que serait une intervention divine.

Répondons au premier point : Pour un catholique, l’ordre suprême n’est pas l’ordre temporel de l’État, si désirable soit-il, mais l’ordre divin, aujourd’hui jeté à terre et piétiné par Vatican II. Quant au deuxième point : Les modernistes peuvent, par nature, présenter toute l’apparence d’une « conversion », simplement parce que, pour eux, un fondement subjectif ne leur pose aucun problème. Mais cette position est si confortable que peu d’entre eux pensent à l’abandonner pour une conversion objective, impliquant la Croix. Comme l’a dit le père Vallet, un libéral ne se convertit pas. Enfin, troisième point : Face aux problèmes gravissimes qui se posent aujourd’hui au monde et à l’Église, choyer le mensonge ne peut en rien servir de solution, même si le mensonge semble triompher. Penser le contraire trahit un grave manque de foi. Vraiment, la main du Seigneur serait-elle raccourcie parce que les hommes sont méchants (Isaïe L, 2, LIX, 1) ? Dieu sait exactement comment Il va balayer ce déluge de mensonges. Qui vivra verra. Mais en attendant, le Bon Dieu ne veut absolument pas que nous empruntions le chemin des menteurs !

Cependant il y a de bonnes nouvelles aussi : plusieurs prêtres et laïcs refusent résolument d’accepter les mensonges. Un lecteur de France me dit qu’un certain nombre de prêtres de la Fraternité ont été réveillés par le problème concret des mariages. Au grand dam de leurs supérieurs, la plupart des prêtres FSSPX refusant les erreurs conciliaires n’auront pas recours aux témoins conciliaires pour les mariages de la Fraternité. Trois des doyens rétrogradés ont fermement pris position par écrit contre ces témoins conciliaires, même après avoir fait l’objet de sanction. L’un d’eux vient même de critiquer vivement l’éventualité d’une Prélature personnelle, car ces deux questions sont liées, n’en déplaise à l’accablante déclaration du cardinal Müller de fin juin. Nous ne sommes en aucun cas « de nouveau à la case départ », comme le prétendait Mgr Fellay à cette époque. “Tel un mauvais chef d’entreprise aux abois “, déclare ce lecteur, “Mgr Fellay n’a plus la confiance de personne doté d’un cerveau en état de fonctionnement, y compris les plus respectueux.” Maintenant, ce qui importe, conclut notre lecteur, ce n’est pas de sauver la Fraternité dans son ensemble – cela tiendrait du miracle – mais de sauver autant de prêtres et de laïcs que possible de cette dégringolade qui emporte la Fraternité.

13 août 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Révolution française et traditionalisme (XI): Le désordre inséparable des grands bouleversements"

SOURCE - Le Forum Catholique - 13 août 2017

Confronté, à la veille du Concordat, à de profondes divisions au sein du clergé réfractaire, le chapitre métropolitain de Rouen, chargé de gouverner le diocèse pendant la vacance du siège, publie un mandement dont il convient certainement de reproduire un long extrait :
Il n’est malheureusement que trop vrai que le zèle a ses écarts et la piété ses excès… Ne nous en prenons point cependant à la piété elle-même. Accusons-en la fragilité humaine : accusons-en surtout l’empire des circonstances, le désordre inséparable des grands bouleversemens ; quand tous les élémens semblent confondus, la sagesse ne tient plus de route certaine ; dans un danger commun, tout le monde s’arme et marche en tumulte, obéit et commande à la fois. Alors on ne consulte que son ardeur, on ne reçoit sa mission que de soi-même. Peut-on voir l’arche sainte se pencher, et ne pas y porter la main ? Le zèle alors supplée à tout, autorise tout, permet tout, excuse tout. De là nous sont venus tant de secours précieux ; de là tant de collaborateurs zélés ; mais de là aussi tant de zélateurs incommodes ; de là enfin, tant de vertus sublimes ; mais de là aussi tant de funestes abus.
Les uns, s’autorisant de la confiance illimitée de l’église et se prévalant d’un ministère sans bornes, se constituent dans une véritable indépendance, se concentrent et s’isolent au sein de leur troupeau ; et là, certains de n’être censurés ni repris, ils se croient libres de tout penser et permis de tout dire. D’autres, profitant de l’espèce de clandestinité que le malheur des temps a rendue nécessaire, s’érigent en juges suprêmes de la foi, accusent impunément leurs frères, et calomnient souvent l’autorité même (1).
Un tel texte permet de mieux comprendre en quoi l’expérience du clergé réfractaire de la décennie révolutionnaire peut être comparée à celle des prêtres et des fidèles traditionalistes d’après Vatican II. Comme on l’a vu, si on la place sur le terrain des doctrines ecclésiologiques et des attitudes pratiques qui y sont afférentes, cette comparaison est profondément insatisfaisante, ce qui résulte avant tout du profond changement des circonstances : pendant la Révolution française, les réformes sont imposées par l’autorité séculière, tandis qu’elles le sont, après le dernier Concile, par les autorités de l’Eglise elles-mêmes. Il n’en reste pas moins que la partie du milieu traditionaliste d’aujourd’hui qui se croit la plus vigoureusement contre-révolutionnaire a en réalité adopté sur l’Eglise, la juridiction, le schisme ou l’épiscopat des positions étrangement proches de celles du clergé constitutionnel, et qui ont précisément valu à ce dernier d’être avec raison condamné par l’Eglise. 

Si la comparaison entre les deux périodes a quelque pertinence, c’est donc non sur le plan des doctrines, mais plutôt sur le plan psychologique en raison de l’effet produit sur les mentalités par le « désordre inséparable des grands bouleversemens », pour reprendre les termes des chanoines de Rouen, qui décrivent de manière saisissante la réaction du clergé fidèle lorsqu’il voit l’ « arche sainte se pencher ». 

« Le zèle alors supplée à tout, autorise tout. » Les prêtres réfractaires, comme sans doute les prêtres et laïcs traditionalistes de notre époque, ont dû recourir, pour le bien de la religion, à des moyens extraordinaires qui avec le temps les placent cependant dans une situation de plus en plus délicate, liée dans les deux cas à l’éloignement de l’autorité, exil des évêques légitimes sous la Révolution, dissidence forcée vis-à-vis du pape et des évêques aujourd’hui. Dans l’un et l’autre cas, on assiste à un éclatement du front du refus initial et au durcissement, voire à l’enfermement psychologique de plus en plus prononcé de la frange la plus intransigeante. 

Pendant la Révolution, ces divisions intestines sont aggravées d’une part par la séparation physique entre prêtres émigrés (2) et prêtres demeurés sur le terrain des diocèses, les premiers accusant souvent les seconds de se montrer conciliants à l’excès, en des termes qui pourraient à bien des égards rappeler ceux d’aujourd’hui. « La prison et la détresse font envisager les choses d’une manière opposée aux principes » au chef du clergé réfractaire du diocèse de Clermont, peut ainsi écrire un vicaire général émigré à Fribourg (3). Les divisions sont exacerbées d’autre part par l’extraordinaire mobilité des ecclésiastiques sur le territoire français (4), qui désorganise les anciennes structures cléricales et favorise le passage d’un diocèse à l’autre de prêtres parfois peu dociles à l’autorité des grands vicaires placés à la tête du clergé insermenté. Là encore, il serait aisé d’esquisser des comparaisons qui ne seraient pas entièrement vides de sens.

Il faut noter cependant qu’hier comme aujourd’hui, les déclarations de nullam partem sont essentiellement le fait d’un seul camp. Ainsi l’abbé Vigneron, principal représentant dans le diocèse d’Angoulême de la tendance que l’on pourrait qualifiée de modérée, après avoir dénoncé avec vigueur les doctrines et les procédés schismatiques des prêtres « rigoristes » qui interdisent à leurs fidèles de communiquer avec lui, se garde-t-il pourtant de condamner absolument leur ministère. 
Les rigoristes diront-ils qu’ils n’ont point vu faire de miracles aux ecclésiastiques qui ont souscrit ces actes [les formules post-thermidoriennes] ? Ils répliqueraient qu’on ne leur en a pas vu faire non plus. Ils seraient les uns et les autres dans l’erreur. Combien en effet par le moyen des sacrements n’ont-ils pas ressuscité à la vie de la grâce d’âmes mortes par le péché, de toutes les morts la plus funeste ; est-il aux yeux de la foi de miracle plus grand (5) ?
Il convient cependant d’ajouter qu’alors les « rigoristes », malgré leurs excès et la fragilité de certaines de leurs raisons, ne professaient aucune des opinions hasardeuses, voire fantaisistes, dont certains traditionalistes tant clercs que laïcs ont fait leur principal fonds de commerce.

(A suivre)

Peregrinus
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(1) Cité dans Annales philosophiques, morales et littéraires, ou suite des Annales catholiques, t. III, Le Clère, Paris, 1801, p. 86-87.
(2) Il faudrait plutôt, pour être exact, parler dans la plupart des cas de prêtres déportés, sortis de France en exécution de la loi d’août 1792 ; cependant, en raison des équivoques qui résulteraient de la connotation du mot « déporté », on parlera ici d’émigrés.
(3) Cité par l’abbé Régis Crégut, Le diocèse de Clermont pendant la Révolution, Louis Bellet Imprimeur, Clermont-Ferrand, 1914, p. 184.
(4) Bernard Plongeron, Conscience religieuse en Révolution. Regards sur l’historiographie religieuse de la Révolution française, Picard, Paris, 1969, p. 26.
(5) Cité par Jean-Pierre Blanchet, Le clergé charentais pendant la Révolution, Despujols, Angoulême, 1898, p. 579.

12 août 2017

[FSSPX Actualités] Contraception: vers un "assouplissement" du Magistère?

Mgr Gilfredo Marengo
SOURCE - FSSPX Actualités - 12 aout 2017

L’Eglise catholique s’est toujours prononcée contre la contraception. A l’époque contemporaine, c’est dans l’encyclique Humanae vitae, en 1968, que le magistère a réaffirmé de façon solennelle et définitive cette condamnation. Cinquante ans après, il semble que cet enseignement puisse être remis en cause.

Le 25 juillet 1968, le pape Paul VI publiait l’encyclique Humanae vitae, dans laquelle il réaffirmait clairement la condamnation des méthodes artificielles anticonceptionnelles – entendez la contraception. Ce document magistériel, rédigé « en vertu du mandat que le Christ Nous a confié », fit sensation. La doctrine qu'elle contient, écho fidèle du magistère de ses prédécesseurs et du magistère ordinaire des évêques répandus dans tout l'univers, paraît infaillible et doit être tenue comme irréformable.

Lorsque parut l'encyclique, la presse mondiale se récria. Elle titra en Une : « le pape est contre la pilule ». Mal reçue, Humanae vitae devint rapidement l'une des encycliques les plus controversées de l’histoire, objet de polémiques dans les médias et d'atténuement de la part de plusieurs théologiens et conseils épiscopaux. Selon la sociologue Danièle Hervieu-Léger, c’est avec ce document que nombre de catholiques se sont écartés de l’enseignement de l’Eglise en matière de morale conjugale, frappé d’« une lente disqualification » (sic).

En vue de marquer le cinquantième anniversaire de la publication de l’encyclique l'année prochaine, un groupe de réflexion a été mis sur pied afin d'effectuer des recherches sur la genèse du document. Son existence a été révélée par le vaticaniste Marco Tosatti, et le professeur Roberto de Mattei en a donné un large écho dans sa Correspondance romaine, le 14 juin dernier.

À la tête de ce groupe figure Mgr Gilfredo Marengo, professeur d’anthropologie théologique à l’Institut pontifical Jean-Paul II. Il est entouré de Mgr Pierangelo Sequeri, président de l’Institut pontifical Jean-Paul II, du professeur Philippe Chenaux, enseignant d’Histoire de l’Eglise à l’Université pontificale du Latran, et de Mgr Angelo Maffeis, président de l’Institut Paul VI de Brescia.

Don Marengo est revenu, dans un entretien à Radio Vatican publié le 26 juillet 2017, sur la mission qui lui a été confiée : « il est nécessaire de situer Humanae vitae dans le contexte de toutes les choses très importantes et fécondes que l’Eglise a dites, pendant ces 50 ans, sur le mariage et la famille », a-t-il affirmé avant d’ajouter : « ensuite, du point de vue de la recherche historico-théologique, il sera très utile de pouvoir reconstruire (…) le parcours de la composition de l’encyclique, qui s’est développé avec des phases distinctes de juin 1966 à sa publication, le 25 juillet 1968 ».

En particulier, ce parcours abordera « l’affaire compliquée de la Commission pontificale, qui avait travaillé de 1963 à 1966, et qui à la fin n’avait pas réussi à lui [Paul VI] donner ce qui lui était utile pour pouvoir élaborer l’encyclique ». En effet, suggérant d'ouvrir les portes à la contraception artificielle, les conclusions de cette Commission furent publiées en avril 1967 et provoquèrent une grave crise d'autorité dans l'Eglise. L'année suivante, le pape Paul VI tranchait la question controversée, mais le mal était fait.

La préparation du cinquantième anniversaire de Humanae vitae et le fait que ce soit à Mgr Marengo que le travail de recherche et de réflexion ait été confié ne manquent pas de soulever des inquiétudes.

Lors des travaux du Synode sur la famille, rappelle Roberto de Mattei, Mgr Marengo invitait déjà à « abandonner une conception du patrimoine doctrinal de l'Eglise conçu comme un système fermé, imperméable aux questions et aux provocations de l'“ici et maintenant”, dans lesquelles la communauté chrétienne est appelée à donner raison de sa foi, comme annonce et témoignage ».

Plus récemment, le 23 mars 2017, le même professeur publiait un article sur Vatican Insider au titre suggestif : « Humanæ vitæ et Amoris lætitia : des histoires parallèles ». L’universitaire, qui se montre critique vis-à-vis des Dubia des quatre cardinaux au sujet de l'Exhortation Amoris laetitia, se demande si « le jeu polémique “pilule oui – pilule non”, tout comme l’actuelle “communion aux divorcés oui – communion aux divorcés non”, ne serait pas l’apparence d’un malaise et d’une fatigue, bien plus cruciaux dans le tissu de la vie ecclésiale ». Pour Mgr Marengo, ce malaise et cette fatigue ont une cause identifiée : « chaque fois que la communauté chrétienne tombe dans l’erreur de proposer des modèles de vie dérivés d’idéaux théologiques trop abstraits et construits de façon artificielle, elle conçoit son action pastorale comme l’application schématique d’un paradigme doctrinal ». Et de citer le pape François : « nous avons présenté un idéal théologique du mariage trop abstrait, presque artificiellement construit, loin de la situation concrète et des possibilités réelles des familles telles qu'elles sont. Cette idéalisation excessive, surtout quand on n'a pas réveillé la confiance dans la grâce, n'a pas rendu le mariage plus désirable et attrayant, bien au contraire ! » (Exhortation apostolique Amoris laetitia, 19 mars 2016, n°36).

Roberto de Mattei se demande si les questions de foi et de morale peuvent se réduire à un tel jeu polémique sans conduire fatalement au relativisme de la doctrine de vérité au profit de la pratique pastorale. Celle-ci, loin des « idéaux théologiques trop abstraits et construits de façon artificielle », justifie alors tous les comportements au gré du flux de la vie, selon le principe moderniste de l'immanentisme.

De son côté, Thibaud Collin dans L'Homme Nouveau du 18 juillet 2017, s'inquiète de cette volonté sourde de « changer de paradigme », qui pourrait émousser la portée de la condamnation de la contraception prononcée il y a 50 ans. Au nom de la « conversion pastorale » chère au pape François, de tristes effets seraient à craindre au sujet de la régulation des naissances, de même que certains passages du chapitre 8 d'Amoris laetitia en ont produit quant à l’indissolubilité du lien conjugal.

Il relève aussi que Mgr Pierangelo Sequeri, président de l’Institut pontifical Jean-Paul II et membre du groupe de recherche sur Humanae vitae, fut l'un des organisateurs du colloque qui s'était tenu le 25 mai 2015 à l’Université pontificale grégorienne, à Rome. Réuni à l’initiative des présidents des Conférences épiscopales d’Allemagne, de France et de Suisse, ce colloque avait notamment pour but "de réfléchir sur les moyens d'assouplir les normes de la morale conjugale", écrit Thibaud Collin.

Face à ces inquiétudes, Nicolas Senèze dans La Croix (26 juin 2017) parle de rumeurs infondées. Contrairement aux allégations de Mario Tosatti, explique-t-il, le pape n'a pas mis en place de commission secrète pour réviser ou réinterpréter Humanae vitae à la lumière d'Amoris laetitia. Il a simplement autorisé un historien à consulter les archives sur la préparation de l'encyclique du pape Paul VI. Le journaliste cite, sous couvert d'anonymat, un membre de la commission de recherche : « Rien n’a été décidé de ce qui sera fait de ce matériau : personnellement, s’il s’était agi de réinterpréter Humanae vitae, je n’aurais pas accepté. Pour moi, il s’agit surtout de mettre à disposition du public la documentation concernant la genèse de l’encyclique ». Et encore : « Le but de notre travail est donc de publier des documents qui ont un réel intérêt scientifique pour comprendre ce qui s’est passé. Et pas du tout de changer la doctrine ». Dont acte.

En définitive, il sera intéressant de suivre les débats et travaux à l'occasion du cinquantenaire de l'encyclique Humanae vitae. Mais une certaine perplexité demeure, notamment lorsque Mgr Marengo dit espérer qu’il sera, au terme de la mission qui lui a été confiée, « possible de mettre de côté de nombreuses lectures partielles du texte » (lesquelles ?), et « surtout de saisir les intentions et les préoccupations qui ont motivé le pape Paul VI ». D'autant qu'il semble regretter le fait que, « à l'époque, était encore très présente dans l'Eglise une insistance sur la procréation, comprise comme une fin primaire du mariage » (sic).

Vini Ganimara, sur le site Riposte catholique (18 juillet 2017), estime qu'en ressortant les travaux de la Commission qui, en 1967, s'était prononcée en faveur de la contraception et de la non-infaillibilité des enseignements précédents du magistère sur la question, le groupe de recherche va ranimer les braises de la contestation : « le fait de ressortir aujourd’hui ces documents ne peut qu’être explosif ». L'avenir le dira.

Puisse ce cinquantenaire être l'occasion de rappeler la vérité catholique plutôt que d'accroître la confusion parmi les fidèles.