TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

17 janvier 2017

[Pierre Saint-Servant - Présent] “Identitaire” : oui, nous avons lu le livre !

Un livre aussi
approximatif
que pharisien.

SOURCE - Pierre Saint-Servant - Présent - 17 janvier 2017

Oui, Erwan Le Morhedec, nous avons lu votre livre. Du premier mot jusqu’au dernier. Et mieux que cela : stylo en main, pour mettre précisément le doigt sur les lourdes erreurs que vous commettez. Cela fait plusieurs jours que vous reprochez aux journalistes et commentateurs de votre ouvrage de vous faire un mauvais procès à partir des simples bonnes feuilles que vous avez vous-même choisi de faire paraître dans les colonnes de La Vie. Sans attendre la sortie du livre, donc. Il fallait bien accepter que la machine médiatique se mette en branle, à l’heure où il n’est jamais bon pour un titre d’avoir « un temps de retard ».

L’abbé de Tanouarn, l’abbé Loiseau, Gérard Leclerc et quelques autres ont donc pu faire part de leur scepticisme devant le « mauvais génie » que vous semblez déceler dans la frange la plus conservatrice – et aussi la plus dynamique – des catholiques français. Et à la lecture du livre dans son entier, leurs analyses partielles à partir des maigres pièces qu’ils avaient en leur possession ne se trouvent pas démonétisées. Attirons l’attention de nos lecteurs sur le piège organisé par les éditeurs entre le livre d’Erwan Le Morhedec et celui de Laurent Dandrieu, Eglise et immigration, le grand malaise (Presses de la Renaissance). Ce dernier a en effet produit un livre d’une grande densité et s’éloigne du champ de la polémique pour brosser dans les termes les plus mesurés le grand déchirement des catholiques européens face à une fraction de l’Eglise qui participe – inconsciemment ou non – à leur disparition.
Le grand méchant loup identitaire
Koz – c’est le surnom que s’est choisi Erwan Le Morhedec – est un aveugle d’un genre bien particulier. Il ne voit pas les évidences du temps : la très évidente submersion migratoire, les prémices sanglantes d’une société multiculturelle devenue multiviolente, le risque de disparition du trésor inestimable de l’héritage européen où le catholicisme tient d’ailleurs une large part.

En revanche, il voit en grossissement maximal les prétendues menaces d’une identité qui s’affirme de manière croissante, réponse – que l’on veut bien considérer comme parfois maladroite – d’un peuple qui ne veut ni mourir, ni condamner à mort ses propres enfants. « Une personne qui pense avant tout à faire des murs, où qu’ils se trouvent, et non des ponts, n’est pas chrétienne » : cette ineptie que l’on doit au pape François paraît une lumineuse vérité à Le Morhedec. Qui est d’autant plus scandalisé que ce mur va barrer la porte des Etats-Unis à des clandestins… très majoritairement catholiques. A la bonne heure ! Sont ensuite épinglés tous azimuts Civitas, Philippe Vardon, Academia Christiana, La Nef et Jacques de Guillebon, le Salon Beige, Marion Maréchal-Le Pen et SOS Chrétiens d’Orient dans un gloubigoulba sans colonne vertébrale qui, par ses approximations, nous rappelle la pseudo-expertise des décodeurs du web ou des antifascistes à plumes.
Néo-pharisaïsme 2.0
Surtout, Erwan Le Morhedec renoue avec un pharisaïsme vieux comme le monde qu’il remet à la sauce post-moderne. « Quel ressort peut donc inciter quelqu’un qui ne pratique ni régulièrement ni même occasionnellement à s’affirmer catholique quand on ne le retrouve qu’aux Rameaux pour le renouvellement de son buis ? », s’interroge notre vertueux blogueur. Bon sang mais c’est bien sûr ! Il faut dénoncer l’imposture de ces chrétiens aux pieds glaiseux qui « se rattachent davantage aux marqueurs rituels et culturels qu’à la foi ». Voilà le vieux débat entre les catholiques culturels et les catholiques « authentiques » qui point à nouveau. Faut-il donc que Péguy ou Bernanos aient écrit pour rien ? « Ô Dieu je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes », nous dit Koz. Et plus loin : « L’identitarisme, nouvel antichristianisme » est le titre de son deuxième chapitre. Relisant d’un cœur pur les paroles de l’Evangile, Le Morhedec nous invite à désarmer la spirale de la violence qui s’élève entre communautés. Les termes sont ainsi biaisés. Car il ne s’agit pas de l’affrontement égoïste de bandes rivales, mais de la survie d’un peuple affaibli par des décennies « d’idées chrétiennes devenues folles », qui est pleinement légitime sur son sol et doit faire face à une conquête, proclamée explicitement ou non.

Le Morhedec peut bien ne pas vouloir s’identifier, hurler du haut de la tour Eiffel « Je suis universel », les soldats déterminés de Daesh n’oublieront pas qu’il n’est qu’un « chien de chrétien ». C’est l’ennemi qui me désigne comme sa cible. « Notre amour sera plus fort que votre haine », voilà qui est parfaitement exact spirituellement. Mais dans le temporel, dans ce temporel que nous devons affronter pour réaliser le grand mystère de l’Incarnation, comme l’a si bien rappelé Péguy, cela ne pèse pas bien lourd. Si Le Morhedec n’en est pas convaincu, qu’il aille en parler avec les chrétiens de Maaloula ou du Kosovo-Métochie.
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Identitaire. Le mauvais génie du christianisme, Erwan Le Morhedec, éditions du Cerf.

14 janvier 2017

[audio] [Notre Dame de Chrétienté] "La grandeur et la beauté de la vocation de prêtre"

SOURCE - Notre Dame de Chrétienté - janvier 2017

Notre Dame de Chrétienté a interrogé 15 prêtres pour leur poser la même question suivante : "Pour vous, qu'est-ce qui fait la beauté et la grandeur de la vocation de prêtre?

[ibpamericalatina.org] Visite de l'IBP au Costa Rica

SOURCE - ibpamericalatina.org - 7 novembre 2016

L’Association "Misa en Latin Costa Rica”, qui réunit des fidèles attachés tant à la Messe Tridentine qu’à l’Église et à sa hiérarchie, a sollicité de Monsieur l’abbé Matthieu Raffray, Supérieur du District Amérique Latine de l’IBP, une visite, afin de connaître la réalité de ses âmes qui veulent vivre de la spiritualité traditionnelle de l’Église.
     
C’est Monsieur l’abbé Grégory Lutz-Wiest, Économe de la Chapelle de Bogotá, qui a été chargé de cette mission. Il a donc passé une semaine à San Jose, capitale du Costa Rica, chaleureusement accueilli par les fidèles. Il y a célébré deux messes dominicales dans la Paroisse San Joaquin de Flores (diocèse de Alajuela) dont une était retransmise à la télévision, et, durant la semaine, donné deux conférences sur la Liturgie. L’objectif était de connaître l’Association, les familles, la réalité pastorale, ce qui a pu se faire au cours de diverses visites. L’abbé a trouvé un groupe stable dynamique d’une centaine de personnes principalement des familles et des jeunes qui ne demandent qu’à pouvoir assister à la messe traditionnelle chaque semaine et recevoir les sacrements dans la forme extraordinaire du Rit Romain.
      
Monsieur l’abbé Matthieu Raffray a donc répondu favorablement au Président de l’Association et a nommé Monsieur l’abbé Grégory Lutz-Wiest responsable de cet d’apostolat. A partir du mois de novembre prochain, l’IBP commencera son travail au Costa Rica avec la célébration mensuelle de la Sainte Messe.
     
Que Notre Dame des Anges, patronne du Costa Rica, veille sur ce nouveau projet afin qu’ils portent du fruit et nous garde tous.

[Fideliter (FSSPX)] Les diaconesses : du mythe à la réalité

SOURCE - Fideliter (FSSPX) - Octobre 2016

"Le ministère des diaconesses n'avait rien de
sacerdotal, de même leur ordination n'avait
rien de sacramentel" (Chanoine Forget in
Dictionnaire de théologie catholique), mais
les temps changent et la revendication de
femmes-prêtres [Voir photo ci-dessus] dans
l'Eglise catholique n'est plus loin depuis que
le cardinal Walter Kasper s'est saisi du dossier....
«Je vous recommande Phoebé, notre soeur, qui est diaconesse de l'Église de Cenchrée… » (Rm 16, 1). Ce passage de saint Paul est avancé par de nombreux progressistes, féministes en tête, pour demander l'extension du diaconat masculin aux femmes. Lors du synode sur la famille en 2014, Mgr Paul-André Durocher proposait un « processus qui pourrait éventuellement ouvrir aux femmes l'accès au diaconat permanent ». Et pas plus tard que le 12 mai dernier, les responsables de l'UISG, l'Union internationale des supérieures générales, réunies à Rome en assemblée plénière, ont posé la question suivante au pape : « Dans l'Église, il existe le service du diaconat permanent, mais il n'est ouvert qu'aux hommes, mariés ou non. Qu'est-ce qui empêche l'Église d'inclure les femmes parmi les diacres permanents, juste comme cela se passait dans l'Église primitive ?»

Qu'étaient ces diaconesses ? Le chanoine Jacques Forget (1852-1933), théologien et orientaliste belge, professeur à l'Université catholique de Louvain, a bien résumé la question dans un article fort détaillé du Dictionnaire de théologie catholique. L'existence des diaconesses est bel et bien avérée. Après saint Paul, c'est Pline le jeune, gouverneur romain de la province de Bithynie, qui écrit vers l'an III à Trajan qu'il a soumis à la torture deux chrétiennes diaconesses.

Il s'agissait de femmes vierges ou veuves, officiellement chargées d'une fonction d'assistance au clergé. Deux textes, la Didascalie (III° siècle) et les Constitutions apostoliques (fin du IV°) nous renseignent sur les missions confiées aux diaconesses, dans les églises latine et grecque : prendre soin des pauvres et des malades de leur sexe ; être présentes lors de l'entretien particulier d'une femme avec l'évêque, un prêtre ou un diacre ; aider les femmes à se préparer au baptême en leur inculquant les éléments de la doctrine ; se charger des constatations corporelles indispensables en cas de procédure judiciaire ; garder la porte par laquelle les femmes devaient entrer à l'église, en assurant l'ordre dans l'assemblée féminine ; enfin, prêter leur concours à l'évêque dans l'administration du baptême des femmes, le baptême des adultes ayant lieu par immersion.

Saint Épiphane (310-403), évêque de Salamine dans l'île de Chypre, ajoute : « Les diaconesses sont destinées à sauvegarder la décence qui s'impose à l'égard du sexe féminin, (…) en intervenant chaque fois qu'il y a lieu de découvrir le corps d'autres femmes, afin que ces nudités ne soient pas exposées aux regards des hommes qui accomplissent les saintes cérémonies » (Haer. 79, 3).

Cependant, les postulantes étaient constituées diaconesses par une imposition des mains ou « ordination », selon les Constitutions apostoliques qui en précisent la manière et la formule !

Le chanoine Forget nous rassure : « De même que le ministère des diaconesses n'avait rien de sacerdotal, de même leur ordination n'avait rien de sacramentel. Jamais, dans les textes, le rite de leur initiation n'est présenté ni comme divinement établi ni, à plus forte raison, comme possédant de ce chef une vertu sanctificatrice, une causalité instrumentale pour produire la grâce et imprimer un caractère indélébile. L'Église, en restreignant de bonne heure et en finissant par supprimer l'ordre et l'office des diaconesses, a bien montré qu'elle les tenait pour une création ecclésiastique, essentiellement modifiable suivant les circonstances. » Les diaconesses disparaissent en Occident à partir du VI° siècle, notamment avec la suppression du baptême par immersion dans l'Église latine.

« Les diaconesses dont il est fait mention dans la tradition de l'Église ancienne ne peuvent pas être assimilées purement et simplement aux diacres », concluait en 2003 la commission théologique internationale diligentée par Jean-Paul II.

Pourtant, le pape François, à la demande des supérieures de l'UISG, a créé le 2 août dernier une commission chargée d'étudier la question du diaconat permanent féminin dans l'Église.

Après le synode sur la famille, une nouvelle boîte de Pandore est ainsi ouverte. Moderniste patenté ayant l'oreille du pape, le cardinal Walter Kasper a déclaré dans La Repubblica dès le 13 mai : « Je pense qu'il va y avoir maintenant un débat féroce. Sur ce sujet, l'Église est divisée en deux », la revendication de femmes-prêtres n'étant pas loin.

[Paix Liturgique] Summorum Pontificum: «un service rendu non seulement au christianisme mais au monde entier»

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°577 - 11 janvier 2017

En prévision du dixième anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum, le journal catholique allemand Die Tagespost a publié le 30 décembre 2016 un entretien avec Martin Mosebach dont nous sommes heureux de vous proposer une traduction cette semaine. Romancier de renom outre-Rhin, auteur de récits, de poèmes, d’articles sur l’art et la littérature, de scénarios de films ainsi que de livrets d’opéra, Martin Mosebach est aussi l’auteur d’un livre très original, "Häresie der Formlosigkeit : die römische Liturgie und ihr Feind" (Hanser, 2002), publié en français sous le titre La liturgie et son ennemie : l’hérésie de l’informe, par Hora Decima en 2005, que nous avons souvent eu l’occasion de citer dans nos lettres, notamment en raison de la proximité entre Martin Mosebach et le cardinal Joseph Ratzinger.
I – ENTRETIEN AVEC MARTIN MOSEBACH
Recueilli par Regina Einig, Die Tagespost, 30 décembre 2016. (source)

1) Monsieur Mosebach, les fidèles traditionnels vont fêter en 2017 le dixième anniversaire du motu proprioSummorum Pontificum. En généralisant l’autorisation du rite romain traditionnel, le pape Benoît XVI n’a-t-il voulu faire de cadeau qu’à ceux qui croyaient déjà au Christ ?

MM : Je ne qualifierais pas simplement Summorum Pontificum de « cadeau ». Ce fut bien plutôt une tentative sérieuse de correction d’une faute massive et dangereuse pour toute l’Église. Malheureusement entreprise dans un monde marqué par les événements de 1968, la réforme liturgique issue du concile Vatican II a abouti en différents lieux à une dramatique incertitude sur la nature de l’Eucharistie. La tentative d’évincer totalement l’unique forme de messe jusqu’alors valable a représenté une rupture de tradition car, jamais, l’Église n’a interdit un ancien rite.

2) Qu’apporte sur le plan doctrinal la liturgie traditionnelle ?

MM : Quoi que l’on ait pu reprocher à l’ancienne liturgie, elle ne permettait en aucun cas, à la différence de la liturgie réformée, d’erreur sur sa nature. C’est pourquoi il était nécessaire de lui rendre une place d’honneur parmi les livres liturgiques. Je voudrais souligner en outre qu’il s’agit d’un service rendu non seulement au christianisme mais au monde entier. Car la liturgie traditionnelle, en tant que forme visible du christianisme, est le fondement non seulement de l’Église mais aussi de la culture qui émane d’elle. Cette liturgie est l’authentique architecte de nos grands édifices religieux ; c’est elle qui a inspiré la musique, la peinture et la sculpture. La basilique romane, la cathédrale gothique, l’église baroque parlent d’elle. Sans la liturgie traditionnelle, ces édifices sont incompréhensibles. C’est pour elle qu’ils ont été construits. Du fait qu’ils demeurent, d’une façon ou d’une autre, les sanctuaires de notre religion, il est hautement significatif que le culte qui les a générés ne tombe pas dans l’oubli.

3) Pourquoi ceux qui cherchent Dieu trouvent-ils parfois plus facilement la vérité de l’évangile dans la célébration de la liturgie traditionnelle que dans le nouveau rite ?

MM : Les personnes éloignées de l’Église, mais que ce monde sécularisé ne satisfait pas, s’étonnent souvent de constater, au contact de l’ancienne liturgie, que leur monde matériel antimétaphysique a des failles et des trous. Ils découvrent qu’il n’est pas l’unique réalité et qu’il y a un autre monde au-delà. Aux yeux de ces personnes, le reproche le plus communément fait à la liturgie traditionnelle, à savoir de ne pas être « de notre temps », apparaît au contraire comme une qualité appréciable parce qu’ils veulent justement entrer en contact avec une autre réalité que celle qui les entoure et les étouffe.

4) Selon le pape François, Benoît XVI a simplement répondu aux attentes « de certains groupes et personnes qui avaient de la nostalgie » (ici). Que pensez-vous des reproches de nostalgie et d’esthétisme qui sont souvent adressés conjointement aux croyants attachés à l’antique rite romain ?

MM : Ce reproche est un bel exemple de la « mentalité postfaktisch » [néologisme allemand signifiant « qui ne se soucie plus de la vérité », NdT] qui caractérise notre époque. Le combat pour la liturgie traditionnelle a commencé il y a près d’un demi-siècle. Ses premiers défenseurs sont pour la plupart déjà morts. Des générations complètement différentes poursuivent ce combat. Celui qui s’engage aujourd’hui pour la liturgie traditionnelle ne l’a généralement pas connue dans sa jeunesse : il n’y a donc aucune place pour la nostalgie. En ce qui concerne le reproche d’esthétisme, il est un fait qu’il y a, parmi nos contemporains, une méfiance et même une haine à l’égard de la beauté. C’est un phénomène très répandu, qui relève de la psychopathologie : alors qu’autrefois la beauté était une preuve de Dieu, aujourd’hui la liturgie traditionnelle suscite des réactions violentes tout simplement parce qu’elle est belle.

5) « La loi de la prière correspond à la loi de la foi » : le sel de la liturgie traditionnelle peut-il se faire sentir dans une Église dont le magistère lui-même semble avoir rendu les armes ?

MM : Raison de plus pour y recourir ! Au milieu de la tourmente des opinions et des luttes partisanes, alors que le magistère semble se chercher un nouveau rôle, il est important de ne pas perdre de vue la tâche propre à l’Église : mettre les croyants en rapport avec le Christ présent dans les sacrements. La doctrine et la morale viennent seulement en second lieu dans l’Église du Christ. Chaque messe a infiniment plus de signification qu’une parole du Pape. Et elle en aura d’autant plus qu’elle sera célébrée dans une forme qui manifeste sans ambiguïté ce qu’elle contient.

6) À la grande surprise de ses formateurs, le jeune clergé est de plus en plus attaché à la liturgie traditionnelle. Personne n’a conduit ces jeunes prêtres et séminaristes sur le chemin de l’ancienne messe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

MM : Celui qui se sent aujourd’hui appelé au sacerdoce – et il n’y a personne pour qui j’ai autant d’admiration que pour ces jeunes gens – comprend très vite que la prêtrise est indissociable des sacrements. Si on n’a pas une idée claire des sacrements, on peut bien être assistant social, enseignant, responsable associatif, mais pas prêtre. Le sacerdoce dépend de la messe que le prêtre célèbre in persona Christi. Or il est évident que cet agir in persona Christi saute aux yeux dans le rite traditionnel.

7) Y a-t-il un élan missionnaire qui se dégage des grandes démonstrations de foi – comme par exemple le pèlerinage de Chartres – organisées par les tenants du rite romain classique ?

MM : Je pense que les événements comme ce pèlerinage vraiment unique vers Chartres sont avant tout destinés à rassurer les participants eux-mêmes : ils se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls à avoir les mêmes convictions, qu’ils partagent leur foi avec beaucoup d’autres et qu’ils peuvent vraiment faire l’expérience d’être membres de l’Église. Évidemment, il arrive aussi que, de retour à la maison, les participants sentent grandir en eux le courage et l’enthousiasme pour rayonner leur foi dans leur entourage quotidien.

[…]

8) Comment envisagez-vous l’avenir ?

MM : À long terme, je pense que le motu proprio Summorum Pontificum va produire tous ses effets. Il y est dit que l’ancienne et la nouvelle messe sont « deux usages de l’unique et même rite ». Si cela veut bien dire ce que cela veut dire, le nouveau rite doit donc pouvoir satisfaire aux normes de l’ancien. Il est clair que, pour l’instant, il ne saurait en être question. Mais, tôt ou tard, il apparaîtra peut-être même au plus aveugle que dans la relation entre les deux rites, il y a quelque chose qui ne marche pas. Le jour d’une « réforme de la réforme » pourra alors être proche...
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Un journal catholique grand public s’intéressant au monde traditionnel et donnant honnêtement et librement la parole à l’un de ses acteurs et pas à l’un de ses contempteurs, c’est donc possible ? Y compris en Allemagne, pays où le modernisme théologique et liturgique continue pourtant de faire des siennes ? Voilà de quoi nous faire formuler le vœu pour 2017 de voir La Croix dresser le portrait de l'Abbé du Barroux ou de Fontgombault, ou celui du curé de Saint-Eugène Sainte-Cécile.

2) Il faut dire que Martin Mosebach est considéré comme un des grands romanciers allemands. Marié à une luthérienne convertie, son parcours n’est pas sans similitudes avec celui de GK Chesterton : il ne s’agit pas d’un auteur chrétien qui publie pour le petit nombre, mais d’un écrivain de premier plan qui parle librement de sa foi catholique. Pour cette raison, son livre sur la liturgie avait représenté en 2002 un véritable événement Outre-Rhin, au point que Martin Mosebach fut invité en 2004 à prononcer une conférence sur ses idées liturgiques devant l’assemblée du catholicisme allemand, de tendance très progressiste, le Katholikentag, au cours de laquelle il alla droit au cœur du sujet : « La crise de la liturgie n’est pas pour moi une forme de décadence : elle est quelque chose d’infiniment plus grave. Elle représente à mes yeux une catastrophe inédite, une catastrophe spirituelle et culturelle. »

3) « La liturgie traditionnelle, en tant que forme visible du christianisme, est le fondement non seulement de l’Église mais aussi de la culture qui émane d’elle »: la sensibilité de Martin Mosebach rejoint ici celle des innombrables artistes catholiques ou non qui, depuis la réforme liturgique, ont mis en garde l’Église contre la tentation de faire table rase de son patrimoine qui est aussi, et pour une part non négligeable, celui de l’humanité entière. Martin Mosebach avait fait partie des signataires, en 2009, d'un appel à Benoît XVI « pour le retour à un art sacré authentiquement catholique ». Il avait ensuite fait partie des artistes reçus par le Pape dans la Chapelle Sixtine, le 21 novembre 2009. Tout comme le philosophe Robert Spaemann, Mosebach fait partie des amis de Joseph Ratzinger et peut être considéré comme l'un des interprètes de celui dont l’histoire retiendra en définitive qu’il fut le Pape de Summorum Pontificum, celui qui dressa une première réaction officielle et institutionnelle contre cette « hérésie de l’informe » que la nouvelle liturgie a pu représenter tant du point de vue esthétique que théologique.

4) Dans un monde en pleine crise d’identité, où déracinement et hybris technologique vont de pair, la messe traditionnelle est une garantie d’équilibre et de stabilité car elle ordonne toutes choses à Dieu et non seulement relie la créature à son Créateur mais aussi l’homme moderne aux générations qui le précèdent tout en l’ouvrant aux générations à venir. Elle « manifeste sans ambiguïté ce qu’elle contient » résume parfaitement Mosebach.

5) Parlant du pèlerinage de Chartres, Martin Mosebach considère que sa première vertu – et celle des événements similaires – est de « rassurer », au sens de regonfler, ceux qui y participent. Cette vision, un peu restrictive, de ce qui est la première manifestation visible de la jeunesse et de la vitalité de la liturgie traditionnelle dans le monde, n’en demeure pas moins vraie. Elle est vraie d’un point de vue spirituel car la foule de Chartres restaure l’âme des pèlerins aussi sûrement que pourrait le faire une retraite solitaire dans le silence d’une abbaye. Mais elle est aussi vraie d’un point de vue ecclésial car elle redonne à des fidèles qui se sentent souvent isolés au niveau diocésain – même s’ils appartiennent à une communauté traditionnelle active – le sens de l’appartenance à la communauté ecclésiale. Ce qui était vrai du temps du motu proprio Ecclesia Dei, qui voyait les fidèles traditionnels comme une communauté à part de l’Église locale, reste hélas encore vrai à l’heure des 10 ans du motu proprio Summorum Pontificum qui, pourtant, traite les fidèles traditionnels comme des membres à part entière de la paroisse. Car, pour l’heure, la pratique n’est pas encore à la hauteur de la théorie.